Sélectionner une page

Infos pour illustration: Sans titre, photo, 2019, Émie Perreault


Outaouais Love

8 mars. Journée internationale des femmes.

À partir de mes 11 ans, je passais mes étés à travailler dans une famille en Outaouais. C’était de la famille éloignée… Une cousine de ma mère. Je prenais soin des enfants et de la maisonnée en l’absence des parents. Je passais l’été là-bas, loin des miens. Moi, ma famille était à Mystic, à trois heures de route. Mais, je ne suis pas du tout du type qui s’ennuie… Cette situation me plaisait tout à fait! Je remercie mes parents aujourd’hui de m’avoir permis de le vivre.

Parce que j’ai connu, dans ces étés, des femmes qui ont bâti mes repères. Et, disons-le, des hommes aussi. La vie ne pouvait pas me faire plus beau cadeau…

Roxanne

Je me souviens de longues discussions à table, de longues marches dans le quartier, de longues séances de correction des textes que je passais la journée à écrire. Disponible, présente, chaleureuse. Avec Roxanne, j’ai connu mes premières véritables conversations avec une adulte. Non seulement elle m’écoutait, mais elle questionnait aussi mon raisonnement, semant des graines de bon sens dans ma jeunesse. Elle prenait le temps de m’expliquer les choses… Elle est comme un phare dans ma vie. Je me remémore souvent ses arguments quand vient le temps de prendre une décision. Encore aujourd’hui, je reste estomaquée devant l’ampleur de ce don d’elle-même. J’avais soif de reconnaissance et elle a su me faire sentir importante. Elle m’a appris à être mère.

Carolle

Carolle, c’est une femme… bonne… bonne comme de la mie de pain, bord en bord. Elle étincelle d’une aura de compassion. Elle m’a appris à regarder l’autre. Elle m’a appris à complimenter et à voir le beau. C’est aussi d’elle que je tiens mon amour des arbres. Combien de fois m’a-t-elle accueillie dans son havre de paix? Chez elle, tout est magie et l’ordinaire est source de bonheur. Elle m’a appris à être humaine.

Jean-Luc

Jean-Luc, c’est mon mononcle. Je sais, ça se dit pas, mais c’est comme un mot d’amour. Pour une raison que j’ignore, mononcle s’est occupé de moi depuis que je suis très très jeune. Il m’amenait avec lui, quelques jours, comme ça. Pour rien. Puis, quand je me suis retrouvée en Outaouais, j’ai visité mononcle qui habitait Ottawa… Il m’a de nouveau traînée partout. Au Lac aux canards, à Val-des-Monts, sur une piste de danse pour une valse ou un cha-cha…, en 4 roues ou autour d’un feu… Jean-Luc, c’est un homme qui prend soin des siens. Qui appelle pour prendre des nouvelles, qui se préoccupe de ta sécurité, de ton confort, c’est un homme de clan, de famille, de voisinage, de communauté. Jean-Luc m’a appris beaucoup à aimer dans le temps. Pas juste aujourd’hui…. demain aussi. Parce que si je te fais une place dans mon coeur, tu es là pour rester. Il m’a appris à être une rassembleuse.

Tante Lise

Tante Lise était la soeur de ma grand-mère.  Elle est décédée, depuis longtemps. Mais, elle est présente dans ma vie quotidiennement. Tante Lise et Oncle Bill avaient une maison à Ottawa sur la rue Torrington. C’était une petite maison avec de petites pièces remplies de meubles qui me fascinaient. Des antiquités, un bureau avec des tiroirs et des cachettes… Ce qui était particulier chez Tante Lise, c’était le salon. Il y avait tout le tour de la pièce des chaises et des poufs pour faciliter les discussions à l’heure du thé. Oui, chez Tante Lise, on prenait le thé. À l’anglaise, avec des théières magnifiques, des tasses minuscules qui tintent dans des soucoupes qui me semblaient tellement trop fragiles! Il y avait des châles et des jetés. Des fauteuils avec les bras recouverts de pièces de dentelles crochetées. Le gros Raoul dans un coin qui ronronne… Chez Tante Lise, c’était chaleureux.  Apaisant et serein. Tante Lise était une femme d’avant son temps. Elle se foutait pas mal des conventions sociales. Elle n’était pas la femme à se laisser encarcaner dans le rôle de la femme soumise. Elle avait des idées et des opinions et elle ne se gênait pas pour les exprimer. Elle était belle, elle était drôle, c’était une bonne vivante! Puis, Tante Lise et Oncle Jack ont eu un Bed and Breakfast à Old Chelsea, qu’ils ont appelé La maison Dawn ou Dawn House en l’honneur de leur fille, Dawn. Je suis allée travailler au B&B et j’ai vécu des moments mémorables avec Tante Lise. On fumait en cachette, on allait à la pâtisserie du village s’acheter une douceur pour accompagner le thé de 4h… Chez Tante Lise, il y avait de la confiture maison dans de jolis pots de porcelaine lisérée d’or, il y avait de l’argenterie qu’on astiquait, mais il y avait surtout de longs moments sur la véranda à goûter la vie avec un sablé au beurre. Un jour que nous étions allée nous promener le long de la rivière, Tante Lise s’est extasiée devant une roche. Elle était à demi enfouie dans le limon mais, ce qui en sortait avait été sculpté par le courant de la rivière. Elle la trouvait tellement belle, que je l’ai déterrée et malgré son poids, je l’ai ramenée à la Maison Dawn. C’était ça, Tante Lise, une femme capable de s’émerveiller devant une pierre. Les années ont passé et Tante Lise et Oncle Bill sont retournés vivre en ville sur le rue Torrington. La roche aussi a déménagé. À leur décès, la roche m’est revenue. Aujourd’hui, elle trône dans ma bay window. Indélogeable.  Tante Lise m’a appris qu’il n’y a aucun mal à se faire du bien. Elle m’a appris à savourer le moment présent. Elle m’a appris à être femme.

 

Louis

Aujourd’hui, c’est le 8 mars. C’est la journée de la femme, Mais pour moi, c’est surtout l’anniversaire de Louis. Cet homme, que j’appelle affectueusement Papalou, a changé le cours de ma vie. J’avais 11 ans. Il me posait plein de questions pour savoir ce que je voulais faire quand je serais grande… À l’époque, je voulais être Olivia Newton John, je voulais, comme elle, faire des films. Il m’a alors dit, le plus simplement du monde, que si je voulais faire un film, j’avais juste à en faire un! J’ai protesté que j’étais juste une enfant, que je savais pas comment, que j’avais pas de caméra… Il est descendu au sous-sol et il est remonté avec une vieille Super 8, il a démoli mes excuses et il a trouvé des solutions. J’ai écrit un scénario, et j’ai tourné un film avec les enfants du quartier. Ce jour-là, j’ai compris qu’il n’y avait rien à mon épreuve. Je me suis mariée avec l’écriture. Louis est une source inépuisable d’inspiration, il remplit ma table de chevet de bouquins, d’articles, il m’a fait découvrir la musique, le jazz, le blues, André Gagnon, les peintres et leurs oeuvres, les casse-tête, l’art, la joie d’apprendre. Louis a fait de moi une auteure. Joyeux anniversaire, Papalou! xx

 

Mélanie-Karine Dubé

 

© Toute reproduction sans la permission de l’auteure est interdite.

Pour cette zone de commentaires, nous vous demandons votre adresse courriel à des fins de sécurité. 

En aucun cas votre adresse ne sera ni enregistrée ni diffusée et aucun courriel ne vous sera envoyé.

2 Commentaires

  1. Carolle

    Quel bel hommage aux gens de l’Outaouais. Les gens de l’Outaouais t’ont apporter beaucoup mais sache que tu as aussi apporté beaucoup aux gens de l’Outaouais!! Merci Mélanie d’oser être l’être merveilleux que tu es!! Je t’aIme!! 😘😜😉💕🤪🙌

    Réponse
    • Mélanie

      Merci Carolle! Je vous aime aussi! xxoo xxoo

      Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Intime et puissante reconnaissance…

Je me sens et me sais tellement choyée. Je vis et ressens fréquemment cet intime et puissant sentiment qu’est la reconnaissance.

À ma « mom » à moi

Paris, an 2000

Sur une terrasse dans un café parisien, 26 ans, je suis à mon premier voyage en Europe.

Outaouais Love

8 mars. Journée internationale des femmes. À partir de mes 11 ans, je passais mes étés à travailler dans une famille en Outaouais.

À mes amies…

Plus jeune, je me plaisais à dire, à qui voulait l’entendre, que les amours passent mais que les amitiés restent.

Les vraies récipiendaires !

En 1995, j’étais la toute première récipiendaire de la bourse « Coup de main au développement » de l’Association des femmes d’affaires du Québec au chapitre de l’Estrie (AFAQ).

Share This

Share This

Share this post with your friends!