Sélectionner une page

Infos illustration : Vent, vitrail sur toile, 2015, Mélanie-Karine Dubé

À ma « mom » à moi

Paris, an 2000

Sur une terrasse dans un café parisien, 26 ans, je suis à mon premier voyage en Europe. Je suis émotivement impressionnée et en choc culturel de découvrir cette architecture unique des vieux pays. Je commande le plat du jour sans me soucier de choisir, ne reconnaissant rien que je connais. On me sert un œuf mollet en cocotier, jaune coulant avec des mouillettes à tremper. Enfant, ma mère me servait ça. Je réalise en une seconde d’où elle vient et qu’elle est son héritage… Je suis profondément émue. Je pleure. Je décide à l’instant, que dès le retour, je débuterai une psychothérapie dans le but d’explorer d’où je viens et qui je suis. Un jour, je serai mère à mon tour et porterai en moi, aussi, un bébé coco.

Montréal, an 2004

Dans une chambre d’hôpital du centre-ville de Montréal, je regarde l’horloge du temps et me demande si je serai capable de passer au travers ce premier accouchement. Je suis confuse et perturbée. Je ne sais pas trop comment absorber ces nouvelles sensations et émotions. J’ai peur.

« C’est le moment de devenir mère Catherine. C’est maintenant. » Ces mots de ma sage-femme auront été précieux.

Montréal, an 2007

Vue sur l’extérieur via une fenêtre au pied du lit, tous les regards sont tournés vers moi. Je suis prête et confiante et, je pousse ce gros bébé que j’attends avec impatience. Mon bébé coco qui nait dans sa poche, sans rupture de la membrane : mon coco de Pâques, né le dimanche pascal comme son frère d’ailleurs. Il est beau, tète tout de suite le sein et me regarde.

Montréal, aujourd’hui

« Maman, tu nous ferais des œufs coulants en cocotier. » Je cuisine régulièrement des œufs mollets à mes deux grands ados qui en demandent et redemandent. Ils adorent les mouillettes à tremper. Mes deux cocos d’amour portent en eux l’héritage de leur grand-maman et je suis certaine qu’ils cuisineront à leur tour encore et encore les œufs coulants avec mouillettes à tremper.

 

Merci maman.

_________________________________________

Chère Diane Hélène,

J’ai été très émue par ton texte. Sans te connaitre, je m’y suis retrouvée. Tellement…

J’ai compris pourquoi notre amie commune, Myreille, était ton amie.

Moi aussi, j’ai eu la chance et le privilège d’avoir une mère aimante qui m’a ouvert à tous les possibles de la vie et donné la possibilité de la liberté totale. La liberté d’être moi et de ne me mettre aucun obstacle.

Petite, je la trouvais originale et différente. Moi, qui voulais être comme toutes les autres, je n’étais pas toujours à l’aise avec la bouffe qu’elle cuisinait, les vêtements qu’elle aurait aimé que je porte, les commentaires qu’elle ne pouvait s’empêcher d’adresser aux personnes qui ne faisaient pas preuve de respect ou de professionnalisme.

 Plus tard, j’ai compris qu’elle était libre. Libre des conventions. Et, qu’elle cultivait pour chaque personne la liberté de choisir pour soi, mais aussi la liberté de se tromper, d’assumer ses essais-erreurs et d’avoir un plein pouvoir d’agir sur sa vie. Oser, prendre des risques, avancer, rêver…

J’ai compris très tard,  lors d’un voyage à Paris, qu’elle cuisinait à la «française» : les croque-monsieurs avec jambon, fromage et asperge; les œufs mollets en cocotier au jaune coulant avec des mouillettes à tremper…

Toute notre vie, nous tentons de nous rapprocher de qui nous sommes. Nous cherchons à nous distinguer du noyau familial qui nous a tant donné, mais duquel il faut s’éloigner un peu, parfois beaucoup, pour trouver son identité unique. Et, au moment où nous sommes le plus en cohérence et en harmonie avec soi, on se rend compte combien nous ressemblons à notre mère… à nos grands-mères aussi.

J’ai peu connu mes grands-mères et arrière-grands-mères, mais ma mère se fait un devoir de nous les rappeler régulièrement à ma sœur et moi. Elle le fait pour ancrer cet héritage et cette ressemblance qui ont construit qui nous sommes aujourd’hui. Comme ma mère et mon arrière-grand-mère, j’ai la larme à l’œil facile, émue par la vie.

C’est d’ailleurs à travers ces ressemblances que je crois en la vie éternelle. Nos enfants, nos petits-enfants, nos futurs arrières-petits-enfants gardent en eux un peu, beaucoup parfois, de nous.  

Ce soir, un ami a perdu la mère de sa vie. Je veux lui dédier ce texte en écho pour lui rappeler que sa «mom» vivra encore longtemps à travers lui, ses enfants et futurs petits-enfants.

Cher M, mes plus sincères et tendres sympathies.

Vie éternelle à ta maman.

Catherine xxx

© Toute reproduction sans la permission de l’auteure est interdite.

 

Pour cette zone de commentaires, nous vous demandons votre adresse courriel à des fins de sécurité. 

En aucun cas votre adresse ne sera ni enregistrée ni diffusée et aucun courriel ne vous sera envoyé.

4 Commentaires

  1. Diane-Hélène

    Oh la la, chère Catherine, touché !

    Magnifique…

    Que de beaux moments que tu viens de nous partager… et maintenant, je decouvre à mon tour ce qui fait que Myreille et toi êtes amies !

    J’ai bien envie d’emprunter à mon enfance, la petite question, qui comme adulte ne trouve plus autant sa place dans nos échanges; “J’peux-tu être mon amie?”. 😉

    Merci, Catherine pour tes mots. 🙏

    Réponse
    • Catherine Briand

      Oui 😉

      Réponse
  2. France Harvey

    C’est une belle histoire vraie.

    Réponse
    • Catherine Briand

      Merci France. Et, merci de continuer à nous suivre. Tellement une belle expérience cette écriture entre nous…

      Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Intime et puissante reconnaissance…

Je me sens et me sais tellement choyée. Je vis et ressens fréquemment cet intime et puissant sentiment qu’est la reconnaissance.

À ma « mom » à moi

Paris, an 2000

Sur une terrasse dans un café parisien, 26 ans, je suis à mon premier voyage en Europe.

Outaouais Love

8 mars. Journée internationale des femmes. À partir de mes 11 ans, je passais mes étés à travailler dans une famille en Outaouais.

À mes amies…

Plus jeune, je me plaisais à dire, à qui voulait l’entendre, que les amours passent mais que les amitiés restent.

Les vraies récipiendaires !

En 1995, j’étais la toute première récipiendaire de la bourse « Coup de main au développement » de l’Association des femmes d’affaires du Québec au chapitre de l’Estrie (AFAQ).

Share This

Share This

Share this post with your friends!