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Je suis un roseau

Par Myreille Bédard

L’arbre mort, Acrylique et pastel sec sur carton, 39x51cm, 2000, Sylviane Chaurand

Je suis un roseau

Je suis un roseau, je plie, mais ne romps pas….  Du plus loin de ma souvenance, j’ai  souvent dû faire des compromis pour plaire, être acceptée par des gens ou encore des groupes auxquels je m’identifiais, ou désirais m’identifier. En fait, c’est cela, est-ce que je voulais m’identifier à eux parce qu’ils me semblaient représenter ce à quoi j’aspirais, ou est-ce que je voulais tout simplement avoir une identité? To be someone or not to be….  Comme si les enjeux auxquels je devais me confronter afin d’obtenir ma propre identité étaient trop grands pour ma petite personne. Je laissais donc les vents, parfois très forts et à contre-courant, me faire onduler, tanguer, tordre et même m’aplanir, afin de rester visible et ne pas perdre pied. Mais tout cela avait un prix, celui de ne jamais m’enraciner assez profondément pour m’élever au-dessus des bosquets et déployer mes branches à leur pleine mesure. Je pouvais ainsi demeurer au sein des autres roseaux, tout en ne sachant pas si j’en étais un et, pire, quelle était ma véritable nature.

 

Être et paraître

Ma quête pour trouver mon essence fut longue et, à maintes occasions, éprouvante. Comment tracer un chemin qui nous ressemble, alors que tout nous ramène constamment aux apparences?  Comment oser être, alors qu’il est plus important de paraître? Du moins, si l’on veut survivre dans ce monde sans pitié. Ainsi, lentement mais sûrement, la conviction que le péril est peut-être trop grand et que le jeu n’en vaut pas la chandelle s’immisce dans nos viscères et on finit par céder, un bout de son âme à la fois, à la norme et à la bienséance. L’esprit rebelle a beau se manifester et lancer ses cris d’alarme, la raison finit par l’emporter et ramène la bête dans sa cage dorée. « Ne dis pas cela, ne fais pas cela, ne sois pas ceci ou cela », bref, ne sois pas, car tu nous déranges…  Ainsi, la jeune fille apprend les règles de la société et se perd dans les dédales de la conformité. Pourtant, Dieu sait, et elle aussi, qu’elle n’est pas conforme aux attentes. Que gisent en elle une force tellurique immense, un appétit de vivre gargantuesque, un rêve démesuré. Mais tout cela, elle doit le contenir, le comprimer, le raisonner, sinon, elle va se perdre et en perdre la raison. To seem to be or not to be.

 

Être soi

Le jour où j’ai découvert que je pouvais, malgré mes peurs et mes doutes,  me choisir, à vrai dire, être celle que je suis dans sa profonde nature, est assurément un des plus beaux jours de ma vie. D’autant plus que j’avais le sentiment que le fait de reconnaître celle que j’étais donnait le droit aux autres d’en faire autant. Comme si je n’avais plus à me demander si j’étais bel et bien un roseau ou si j’appartenais à une autre espèce, puisque se déployait en moi, et autour de moi, un être en parfaite harmonie avec son essence. Un amalgame de tout ce que mon cœur et mon âme avaient toujours su et de tout ce à quoi j’aspirais prenait maintenant forme. Mon étonnement se conjuguait au plaisir que j’éprouvais à donner vie à celle qui existait déjà. Depuis, je laisse à sa guise mon être approfondir ses racines et élever son regard, au-delà de la cîme, pour ne plus jamais oublier celle que je suis et l’accueillir, chaque jour. Just To be! Être soi!

Myreille Bédard, déc 2016

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2 Commentaires

  1. Johanne Harvey

    Quel beau texte!Merci Mireille.

    Réponse
    • Myreille Bédard

      Merci à toi Johanne pour ce commentaire, ainsi que pour ta générosité et ton ouverture dans cette belle aventure que nous partageons!

      Réponse

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