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Apesanteur

Par MélanieDubé

Je viens de me lever. Hier c’était la fête. La maison était pleine de mes enfants, mes filles que j’adore. En ce matin calme et encore sombre, tout le monde dort encore. Je me fais discrète pour ne réveiller personne. Je me fais couler un café et je m’installe à l’ordi devant ma grande fenêtre. Dehors, il y a la forêt qui a perdu ses feuilles et la grisaille. Il pleuvra bientôt. L’odeur du café se répand dans la maison. Le grand pic est là. Je le vois, collé sur le tronc. Il crie.

J’adore me prélasser dans le temps du matin, immobile. J’aime la chaleur du café, la solitude devant le soleil qui se montre tranquillement. Il fait bon. La chaleur de l’attisée de la veille rend encore l’atmosphère douillette. Je suis confortable dans ma chaise, dans mon pyjama, dans le nouveau jour qui se lève.

Il n’y a rien à attendre. Rien à souhaiter. Tout est déjà là. Et tout ce qui est… est parfait tel quel. La quiétude rassurante de la routine. L’absence de vague, l’absence de creux, l’absence de désir. Comme une apesanteur émotionnelle. L’instant présent.

J’ai beaucoup de difficulté à savourer l’instant présent. Je suis constamment dans l’appréhension de la suite, dans l’espoir de l’assouvissement qui ne vient pas, dans l’ennui. J’attends. J’attends que la vie se moule à mes espérances. Et le vide me plombe de ses tourments qui m’arrachent à la beauté du moment.

L’anxiété est un phénomène difficile à comprendre pour ceux qui n’en souffrent pas. Pourtant, tout le monde passe par là. On ne s’en souvient juste pas. Ou on lui donne une autre étiquette : nervosité, trac, stress. Imaginez le trac ressenti avant de faire un exposé devant un auditoire… Ce bourdonnement dans la poitrine, l’envie d’uriner constante à cause de la nervosité, la gorge sèche… C’est ça de l’anxiété. Pour rien. Pas d’exposé. Pas de spectacle. Pas de stresseur. Que le trac. Pour rien de rien. Juste à cause de l’appréhension, de la vigilance, de l’inquiétude, des attentes… Pour se remplir de l’instant présent, il faut être à l’écoute de tout ce qui se passe. Il faut se laisser imbiber complètement par nos sens sans attendre rien d’autre. Quand on s’abandonne complètement à ce qui est là, l’anxiété se tait. Alors, on s’ouvre et on est comblé.

Comme le matin.

 

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