Sélectionner une page

Au diapason

Par Mélanie Dubé

Moi, septembre 2017

L’essence…

Je suis assise devant mon thème : l’essence.

Je suis démunie.

Complètement.

Je n’ai aucune idée de quoi écrire.

Je ne sais pas ce qu’est l’essence.

Mais comme c’est le thème, comme c’est le blogue et qu’il est là pour nous faire réfléchir, toutes, je vous invite dans les méandres de mes réflexions et dans ma quête de sens. Bienvenue à bord!

❦ ❦ ❦

L’oignon du nettoyeur

Première couche :        Nos traits physiques, notre sexe, notre âge, notre bagage culturel.

Deuxième couche :      Nos intérêts, nos préférences.

Troisième couche :      Nos convictions, nos valeurs.

Quatrième couche :     Nos plus grandes peurs et nos désirs les plus chers.

Cinquième couche:      Notre essence.

J’avais besoin de prendre des notes, pour pas l’oublier. Merci, Rita, xx

❦ ❦ ❦

J’apprivoise ma quatrième couche. Je ne suis pas rendue à la cinquième. Je suis encore toute mêlée dans mes différentes étiquettes, mes différents rôles dans la vie. Lequel me définit?

Que suis-je?

Aucune idée.

L’essence, c’est la nature profonde de ce que l’on est.

Le problème, c’est que j’ai appris tôt à donner ce qu’on attendait de moi. Dans l’enfance, dans mes vies de couple. Alors, aujourd’hui, quand on me demande ce que je veux, je ne le sais pas vraiment. Ce que je suis non plus. J’ai été celle qu’on a voulu que je sois. Il y a toujours une paire d’yeux dans mon ciel qui me check… Même quand je suis en accord avec moi, j’ai les yeux désapprobateurs du monde entier qui me watchent. Au final, je sais jamais vraiment pourquoi je fais les affaires, je les fais parce qu’il faut. Pis, comme je suis jamais satisfaite, peut-être que j’ai pas les bons il faut que. J’ai ben de la misère avec le fait d’imposer ma volonté, sauf quand je suis en position d’autorité, à la maison, dans ma classe. Le reste du temps, je shake dans mes shorts si je dois affirmer ma position, comme si elle était moins importante que celle des autres.

❦❦❦

Hier, je me suis fait couper les cheveux. Changement de look drastique, très, très courts, décolorés blond blanc cendré.

My God! J’ai passé la soirée d’hier à me regarder dans le miroir pis à prendre des selfies. Pas à cause du changement de look. Pas à cause des cheveux. Parce que j’ai eu l’impression d’endosser ma peau. J’ai l’impression que je viens de me trouver. J’ai l’impression que j’ai l’air du dehors ce que je suis du dedans. Ce que je vois là, c’est ma tête. Comme si je venais d’enlever un costume.

Je me retrouve.

Mais, c’est la première couche de l’oignon. Seigneur! Je ne suis pas sortie de l’auberge!!!

❦❦❦

Nous sommes la somme de nos lectures, de nos expériences. Notre essence est moulée, forgée, sculptée par tout ce que nous traversons. Chaque fois, on en ressort indéfiniment changés. Comme le son d’une guitare qui s’use à chacun de ses périples.

❦❦❦

Je suis désolée, chers lecteurs. Je creuse en moi… pour vous donner le meilleur, je presse le citron, mais je sais pas.

❦❦❦

La pluie a cessé

le 27 septembre 2017

22h48

L’essence… Je pense juste à un bidon… Un lighter… Boum!

C’est une pensée parasite. Comme une grosse mouche à marde qui me rentre dedans aux trente secondes. Estie de fatigante. Pour vrai, là, j’ai pas pantoute envie de remplir ma robe de gaz pis d’y sacrer le feu. Mais j’y pense pareil. C’est comme rendu chronique mon affaire… une vieille habitude bien ancrée dans un quotidien bien huilé.

❦❦❦

TPL

Je suis TPL, j’y peux rien. C’est une question d’amygdale et de lobe frontal.

On m’a classée Cluster B, personnalités dramatiques : antisocial, limite, histrionique, narcissique.

Je ne suis pas antisocial. Pour les trois autres… ben… c’est ça.

Je peux m’en sortir y paraît. Comme voir de loin avec des lunettes, malgré ma myopie, comme l’amputé apprend à marcher avec une prothèse, sans que sa jambe repousse jamais. Quand c’est dans ta tête pour vrai, que ça se change pas, qu’il existe aucun médicament pour pallier ces problèmes-là, est-ce que l’étiquette devient ta propre peau? Est-ce que je peux être autre chose? Je peux réagir différemment, dire des choses différentes, poser des gestes différents, mais est-ce que je peux changer ma vibe? Je sais pas… Est-ce qu’à force de réfléchir différemment l’écho va changer de toune? Je sais pas. C’est trop tôt. Pour l’instant, j’ai juste l’impression d’être pognée dans un gros tamis qui filtre tout ce qui sort de moi pour le rendre socialement comestible.

Si je peux pas changer ça, est-ce que ça fait partie de mon essence?

Narcisse

Pondu le 18 mars 2017

Mais mariné dans un peu de vinaigre pendant une couple de semaines avant…

Quand on pense aux narcissiques, l’image qui s’imprime dans notre esprit est celle du pervers-narcissique type. Quelqu’un qui se remonte lui-même au détriment des autres, qui est contrôlant et qui est capable d’une grande méchanceté.

Quand ma psychiatre m’a dit à brûle-pourpoint que j’étais narcissique, j’ai changé de psychiatre… Ça faisait le délire-là! C’est de moi dont on parle ici… Je ne suis jamais méchante! …Ben oui, mais… toujours du dedans, jamais du dehors… Je ramène pas tout à moi, je ne me regarde pas le nombril, bla-bla-bla.

Quand mon médecin a abordé la question avec des gants blancs jusqu’aux épaules, en dédramatisant… en disant qu’on l’est un peu tout le monde… Je suis restée sceptique…

Quand mon ergothérapeute m’a expliqué ce que ça pouvait signifier, j’ai compris. Ma mère aurait dû m’appeler Narcisse!

Dans mon enfance, j’étais convaincue dur comme fer d’avoir été adoptée. J’étais convaincue, et je le suis encore, je suis sincèrement désolée, d’avoir un destin particulier, d’avoir un grand rôle à jouer quelque part. Que la seule raison d’être de l’existence de tous les autres est de figurer dans mon histoire à moi… Oui, je le sais, c’est gênant à dire, mais c’est ça.

Moi, dans la vie, je fais confiance à personne. Je ne voudrais avoir le corps d’aucune autre femme parce qu’aucune ne m’égale… je suis ou bien mieux proportionnée, ou bien plus souple, ou bien plus gracieuse, ou bien plus n’importe quoi… Personne ne peut accomplir une tâche mieux que moi… alors, j’ai une sainte horreur des travaux d’équipe. Je ne confierais mes responsabilités à personne. Je ne copierais les réponses sur la feuille de personne! Qui d’autre pourrait avoir de meilleures réponses que les miennes? Ben voyons donc! Impossible!

En tout cas, je suis narcissique dans la perception de la place que j’occupe dans le monde. Ça fait prétentieux un brin. On m’accuse souvent dans la vie d’être snob… ça doit venir de là. Mais c’est juste une impression que je donne bien malgré moi. En vrai, quand on se donne la peine d’apprendre à me connaître, je suis chaleureuse, drôle, généreuse, accueillante. Souvent, je mets les autres au centre de mon univers, je suis altruiste… Mais bon, je suis la plus meilleure plus… À ma défense, je suis performante. De base, quand j’essaie quelque chose pour la première fois, je commence dans la moyenne supérieure. Si je m’y intéresse, je deviens rapidement bonne. Si je m’y investis à fond, je deviens excellente. (Là, je suis en train d’écrire avec un duck face, fière de ma shot…) Quand, par malheur, ça marche pas pantoute mon affaire, je le fais juste pus. Pourquoi je ferais quelque chose dans quoi je performe pas? Je vois pas l’intérêt.

J’en veux beaucoup à mon narcissisme de m’avoir fait croire presque toute ma vie que je m’aimais. Ça m’a pris pas mal de temps à comprendre que de se sentir hot et d’être la meilleure dans quelque chose à rien à voir avec l’amour de soi.

Mais en même temps, quand t’as l’estime de soi écrapouti en dessous de la botte de quelqu’un, le miroir de Narcisse t’aide un peu à faire ton chemin dans la vie. Ça te persuade que toi aussi t’as le droit de la fouler la terre et de faire ton sillon. T’arrêtes un peu de vouloir arrêter de respirer pis te sentir de trop partout. J’ai encore souvent l’impression d’être parachuté dans un décor qui n’est pas le mien et dans lequel je fite juste pas. D’ailleurs, je suis encore en train d’apprendre à respirer. Ma respiration est superficielle comme une petite bouffée timide qui soulève même pas mes côtes… juste un respire de clavicules. Comme si mon air pouvait déranger quelqu’un, comme si j’ose pas me gaver dans le plat d’air de quelqu’un d’autre. Toujours convaincue de puer et d’avoir mauvaise haleine. Gênée qu’on me sente, gênée qu’on me voit, gênée qu’on m’entende. Gênée d’exister. J’aurais fait quoi, moi, sans Narcisse? J’aurais fait quoi si j’étais née dans la moyenne faible? Alors, merci à toi, Narcisse, tu m’as probablement sauvé la vie de plus d’une façon.

Je ressens aussi beaucoup de gratitude envers je ne sais quoi qui a fait que, dans ma vie, j’ai su dompter la méchanceté et ma mesquinerie. J’aurais pu être une perverse-narcissique sinon… Hishhh! Tente pas! En bonne Narcisse, je dirais que je suis très fière de ce que je suis. Il me reste juste à me pardonner tout ce que je ne suis pas.

❦ ❦ ❦

Se choisir

L’essence, c’est qui on est. C’est intimement relié à l’amour de soi, à la faculté de se pardonner soi-même et de se choisir. Shit! Voici trois concepts terriblement difficiles à intégrer :

S’aimer

Se pardonner

Se choisir

Comme je l’ai dit précédemment, je pensais que je m’aimais parce que je me trouvais hot. Se trouver hot, ce n’est pas s’aimer.

Moi, dans la façon que je suis faite, j’ai besoin de comprendre dans ma tête pour l’intégrer dans mon coeur. J’ai besoin de comprendre la mécanique de la patente de façon intellectuelle avant de commencer à me l’approprier et de l’appliquer vraiment dans mon quotidien.

Le problème avec le rétablissement en santé mentale, c’est que peu de gens disposent des mots pour expliquer comment faire les affaires.

Pis moi, je pose des questions. Je demande aux gens autour de moi. Je suis une ennemie du small talk. Je pose les vraies questions et je m’attends à obtenir les vraies réponses. C’est mon amie Belle qui m’a permis de comprendre que je ne m’aimais pas vraiment. OK… correct. Je fais quoi à partir du constat que je ne m’aime pas? Comment on fait pour virer ça de bord?

M’aimer est un apprentissage de tous les instants. Je pense que pour s’aimer soi-même, le mot à retenir est indulgence. J’ai compris en faisant des comparaisons. J’ai pris l’amour le plus puissant que je ressens, celui que j’ai pour mes filles, et j’ai essayé de l’appliquer à moi-même. J’essaie de faire preuve de la même indulgence, de la même compréhension, de la même acceptation, de la même douceur. Mes filles, je les aime bord en bord. Comme elles sont. Je leur pardonnerais n’importe quoi. Pourquoi je ne serais pas capable de le faire pour moi? C’est aujourd’hui ma référence. Quand je ne suis pas fière de moi, je me demande ce que je ferais si une de mes filles avait eu le même comportement. Je la prendrais dans mes bras, je lui dirais que ce n’est pas grave, que je l’aime et que demain ça va aller mieux. Que l’important, c’est qu’elle fasse de son mieux.

Quand on fait de son mieux, on peut rien faire de plus. Quand on réalise ça, il est plus facile de se pardonner et de lâcher prise sur la situation. Se pardonner, c’est accepter d’avoir des limites. C’est accepter que certaines situations échappent à notre contrôle. C’est accepter vraiment de ne pas être parfait. Comme on exige pas la perfection de nos propres enfants, des gens qu’on aime. Quand on a la conviction profonde d’avoir fait de son mieux et qu’il serait impossible de faire plus, le jugement des autres nous atteint moins. On met la culpabilité dans la poubelle pis on dit : Hé ben cou donc!

Alors, quand on s’aime pis qu’on est capable de pardon envers soi, comment on fait pour se choisir?

Quand j’ai posé autour de moi la question suivante : comment je fais pour me choisir? On me répondait : «Ben là, faut que tu te choisisses! Que tu fasses les choses pour toi!»

OK… On fait ça comment? Ça veut dire que je peux plus rien faire pour personne?

Vous? Comment expliqueriez-vous  ça, se choisir? Stoppez votre lecture et réfléchissez avant d’aller plus loin.

J’ai l’impression de me choisir. Je vis seule, presque tout ce que je fais, je le fais pour moi. Pis pourtant, on me dit encore de me choisir.

Ce qu’on lit sur le sujet c’est souvent long, endimanché de grands principes théoriques nébuleux ou attifé de clichés. Voici un bel exemple :

«Ce qui fait une personne, dans son essence, ce n’est pas comment est son corps ni sa personnalité pas plus que ce qu’elle a appris à l’école ou par ses expériences. Ce qui fait une personne, dans son essence, ce n’est pas non plus sa religion, son type, son orientation sexuelle, son genre, son habitat pas plus que sa profession ou son intelligence. Ce qui fait une personne, dans son essence, c’est son essence et son essence c’est son âme. Qu’est-ce que l’âme ? C’est la personne dans son essence !»

(texte tiré du site internet : http://www.yoga-originel.fr/2013/10/l-essence-d-une-personne.html)

Mais oui! Tellement clair! Je m’en vais de ce pas me choisir!

Bref, se choisir, c’est une de mes amies m’a donné une explication qui, pour la première fois, a fait raisonner la cloche de la compréhension en moi. Voici ses sages paroles :

«Ça veut dire choisir ce qui est en accord avec nos valeurs, notre identité profonde… ça veut dire ce qui est le mieux pour nous… Ça veut dire ce qui répond à nos réels besoins et non nos peurs.»

J’ai compris enfin que de me choisir signifie prendre les bonnes décisions qui me permettent d’être en accord partout dans moi. Les décisions qui permettent à mon esprit, mon coeur, mon corps et mon âme de vibrer au même diapason, timbre de mon essence. Me choisir signifie respecter mes petites voix intérieures, quand je marche sur un chemin et que toutes mes voix se taisent, c’est que je suis sur la bonne route, dans le respect de mon essence.

Merci à toi qui, grâce à ta disponibilité et tes mots pleins de lumière, m’as permis de comprendre.

 

© Toute reproduction sans la permission de l’auteure est interdite.

Pour cette zone de commentaires, nous vous demandons votre adresse courriel à des fins de sécurité. 

En aucun cas votre adresse ne sera ni enregistrée ni diffusée et aucun courriel ne vous sera envoyé.

4 Commentaires

  1. Johanne Harvey

    Woahh!ton texte m’a rentré dedans comme un coup de poing. J’aime beaucoup beaucoup ce texte.

    Réponse
    • Melanie Dube

      Merci Johanne!

      Réponse
  2. Carine

    J’adore ta plume…Narcissique ou pas… Comme ton essence nous la fait lire….xxx

    Réponse
    • Melanie Dube

      Merci Carine!

      Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Entre deux cultures

Entre deux cultures Par Johanne Harvey Baie de Montmagny, Photo, Octobre 2017, Johanne Harvey La volonté aimerait, voudrait que, lors d’un nouveau départ, il n’y ait que du neuf, rien d’ancien. À la limite, peut-être un peu mais, que des choses qui nous...

Jusqu’aux rives de mon essence…

Jusqu’aux rives de mon essence… Par Myreille Bédard L’île de rêve, Photo numérique, 2017, CB « La dépression, c’est la négation de notre essence ». Voilà la phrase que j’ai un jour lancée à la volée à cette femme que j’avais jadis connue, alors qu’elle...

Au diapason

Au diapason Par Mélanie Dubé Moi, septembre 2017 L’essence... Je suis assise devant mon thème : l’essence. Je suis démunie. Complètement. Je n’ai aucune idée de quoi écrire. Je ne sais pas ce qu’est l’essence. Mais comme c’est le thème, comme c’est le...

Le nettoyeur

Le nettoyeur Par Rita Talatinian Julia est une jeune femme début trentaine au blanc de l’œil prononcé. Elle est assise sur le bord du trottoir et se tient la tête fermement comme si celle-ci allait tomber. «Les émotions sont comme des nuages qui traversent ton ciel,...
Share This

Share This

Share this post with your friends!