Sélectionner une page

Jusqu’aux rives de mon essence…

Par Myreille Bédard

L’île de rêve, Photo numérique, 2017, CB

« La dépression, c’est la négation de notre essence ». Voilà la phrase que j’ai un jour lancée à la volée à cette femme que j’avais jadis connue, alors qu’elle travaillait à la banque de mon ancien quartier, et que j’ai croisée par hasard, quelque temps après avoir émergé de ma très longue hospitalisation au département de psychiatrie. Comme cette personne avait également connu le « cancer de l’âme », ces mots étaient restés gravés dans sa mémoire. Preuve en est qu’elle me les a rappelés, alors que nous nous sommes de nouveau croisées plusieurs années plus tard, lors d’un événement soutenant la cause de la santé mentale.

Il m’arrive souvent de dire aux gens qui ont le sentiment de ne pas être en phase avec leur véritable nature et qui ont l’étrange sensation de vivre à côté de leur vie, ceci  : il ne sert à rien de demander à un bouleau de faire comme s’il était un chêne ou un peuplier, chaque être humain possède sa propre nature et, lorsqu’on arrive à l’identifier, il faut la reconnaître et la respecter afin de permettre une plus grande harmonie entre notre essence et son expression.

Jusqu’aux rives de mon essence…

Longtemps, j’ai erré à travers les méandres de multiples mirages, contourné les frontières de l’indicible et de l’innommable, à la recherche de la source de mon être. Combien de fois me suis-je égarée en eaux troubles, dans le regard de l’autre, croyant y voir mon reflet, alors qu’il ne s’agissait que d’une image fictive née d’un désir n’étant pas le mien? De compromis en trahisons, j’ai renié la petite fille qui rêvait de changer le monde en rallumant les braises des cœurs désespérés et en tendant une main rassurante aux âmes perdues, qui ne demandent qu’un sourire pour les réchauffer et leur faire croire que l’humanité existe encore.

Il faut parfois plonger au plus profond des ténèbres en soi pour retrouver le fil ténu nous conduisant jusqu’à notre propre lumière. Tel un ancien rite initiatique, émergé des temps immémoriaux, j’ai traversé les flammes de l’inconscience pour me délester du poids des apparences et purifier mon être jusqu’à sa rédemption.

Au cours de cette improbable odyssée, j’ai croisé des sourires exsangues, des corps dévastés par le manque de sommeil, des épaules rabattues par le vent glacial, des ventres creux et affamés de tendresse. J’avais, pour seule boussole, cette petite voix intérieure qui me guidait vers le moindre interstice de lumière me permettant de continuer à avancer et à garder espoir, jusqu’au prochain passage obscur.

Au bout de cette interminable nuit sans étoiles, j’ai découvert un lieu que je n’avais auparavant jamais visité, un espace vaste et lumineux, un refuge où toutes les couleurs de mon arc-en-ciel pouvaient se déployer et où j’étais en parfaite syntonie avec ma nature profonde. Un état d’unification avec la source. J’étais enfin arrivée sur les rives de mon essence. Ne me restait plus qu’à m’en imprégner, assez pour ne jamais oublier son odeur et son goût afin de la retrouver, si jamais je venais à me perdre de nouveau…

 

© Toute reproduction sans la permission de l’auteure est interdite.

Pour cette zone de commentaires, nous vous demandons votre adresse courriel à des fins de sécurité. 

En aucun cas votre adresse ne sera ni enregistrée ni diffusée et aucun courriel ne vous sera envoyé.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Entre deux cultures

Entre deux cultures Par Johanne Harvey Baie de Montmagny, Photo, Octobre 2017, Johanne Harvey La volonté aimerait, voudrait que, lors d’un nouveau départ, il n’y ait que du neuf, rien d’ancien. À la limite, peut-être un peu mais, que des choses qui nous...

Jusqu’aux rives de mon essence…

Jusqu’aux rives de mon essence… Par Myreille Bédard L’île de rêve, Photo numérique, 2017, CB « La dépression, c’est la négation de notre essence ». Voilà la phrase que j’ai un jour lancée à la volée à cette femme que j’avais jadis connue, alors qu’elle...

Au diapason

Au diapason Par Mélanie Dubé Moi, septembre 2017 L’essence... Je suis assise devant mon thème : l’essence. Je suis démunie. Complètement. Je n’ai aucune idée de quoi écrire. Je ne sais pas ce qu’est l’essence. Mais comme c’est le thème, comme c’est le...

Le nettoyeur

Le nettoyeur Par Rita Talatinian Julia est une jeune femme début trentaine au blanc de l’œil prononcé. Elle est assise sur le bord du trottoir et se tient la tête fermement comme si celle-ci allait tomber. «Les émotions sont comme des nuages qui traversent ton ciel,...
Share This

Share This

Share this post with your friends!