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Infos illustration : Soleil, Mélanie-Karine Dubé

 

La musique comme remède

Il y a quelques mois, on m’a diagnostiqué un trouble bipolaire de type 2. Quel soulagement de comprendre enfin. Comprendre les changements d’humeur, les phases dépressives et hypomaniaques  entre lesquelles j’oscillais depuis l’adolescence.

Parfois, mon ciel intérieur est gris, le temps orageux. Certaines phases dépressives sont plus difficiles que d’autres. Il ne s’agit pas d’une petite déprime ou d’un blues saisonnier mais d’un véritable mal-être qui me prend à la gorge, me vide de toute mon énergie. C’est une douleur sourde qui me noue l’estomac, qui m’empêche de sourire. C’est une tempête qui balaie tout sur son passage et qui ne laisse qu’un grand vide derrière elle.

Mais je continue à espérer le retour du soleil. Et quelques mois plus tard, ses rayons me réchauffent le cœur, viennent enfin combler le vide. Je retrouve ma joie de vivre et alors tout me semble possible à nouveau.

Je ne crois pas que l’on puisse guérir d’une maladie mentale, mais il y des manières de la stabiliser, de la rendre plus tolérable et même d’en faire une force. Mon remède à moi, c’est la musique. Tous les matins, je me réveille en chantant quelques notes de jazz, je me mets au piano et je joue pour atténuer mes angoisses. C’est en créant que j’utilise ma maladie à des fins positives et saines. Il faut se faire assez confiance pour accepter de vivre pleinement sa maladie et d’en retirer quelque chose de concret et de beau. Je mets une distance qui permet de poser un regard extérieur sur ce que je vis. Quand je chante le soir dans les bars, que j’entends ma voix résonner dans le micro, je sais qu’elle résonne aussi à l’intérieur de moi. C’est un paradoxe magique qui me permet d’apprécier de deux manières différentes ce qui se passe dans mon corps et dans ma tête.

Lorsque je chante, je ne suis plus malade. Je suis simplement moi. Je chante pour apaiser ma maladie. C’est le seul moyen qui me permet de me rapprocher d’elle, de lui parler, de lui dire que je ne lui en veux pas. J’ai souvent eu l’impression de me faire avaler par la maladie, comme on se noie dans une mer agitée. Je croyais qu’il fallait me débattre pour pouvoir respirer à nouveau. Mais plus je me crispais et plus je sombrais dans les profondeurs de la douleur et de la détresse. Je comprends aujourd’hui que la maladie mentale n’est pas une lutte. Il faut se laisser guider par le courant pour pouvoir remonter à la surface. Je marche main dans la main avec ma maladie, je l’apprivoise sans jugement. Je fais le choix de lâcher prise et de m’accepter telle que je suis. Je crois que la maladie peut être lumineuse. Je sais que, quand je chante, elle parle à travers moi pour me dire qu’elle n’est pas mon ennemie, mais mon alliée.

Éléonore Stefanescu

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Mon premier disque

Quand j’avais 7 ans, j’avais un 33 tours de Nathalie Simard et un vieux pick-up dans une boîte de plastique raboteuse et très bleue

Elle est toutes ces femmes

Ceci n’est pas un poème, c’est une chanson sans musique.
Une chanson qui parle de ces femmes qui vivent dans le silence.

Comme toi…

Comme toi, je suis réflexion
Je suis question
Je suis doute

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