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Les formes de la beauté

Par Joanie Thériault

Beauté sauvage. Photo numérique, juillet 2017

Beauté, douceur, chaleur, confort, harmonie, beauté, sensualité, volupté, féminité… beauté, artificialité, marginalité, objectification… femme objet… corps objet…

Quel drôle de monde, quelle réalité bizarre dans laquelle évolue la beauté aujourd’hui. La beauté physique, j’entends. Ce que les gens font subir à leur corps m’apparaît souvent épouvantable. En fait, on cherche à comprendre pourquoi, comment (moi, en tout cas)? Pourquoi le botox? Ben oui, c’est sûr, pour faire disparaître ou amoindrir les rides, voyons! Oui, mais pourquoi? Parce que les madames en front page des magazines n’en ont pas, elles, des petites rides! Parce que les madames dans les publicités sur les panneaux géants ou à la télé ou « dans les Internets » ont des babines ben pulpeuses! Voyons, Jo! Vraiment?! Les gens sont prêts à ce point-là à se faire piquer dans la face avec une seringue qui injecte des produits… chimiques? Mais par contre, il faudrait manger bio et consommer de la viande sans antibiotiques!? Y en a même qui sont prêts à se faire couper dans la face pour se la faire remonter/ajuster/déplisser! Hey, on parle de chirurgie dans la face, là! Couper, tirer, recoudre de la peau, de l’épiderme et des muscles!!! D’autres personnes sont prêtes à se faire rentrer une méga aiguille qui leur siphonne le gras dans différentes parties du corps! Il y a aussi des gens qui se font ouvrir des parties du corps, où on insère des implants de différentes matières! Y a des gens que c’est dans leurs seins qu’ils font mettre ça, d’autres dans leurs fesses et d’autres dans leurs bras ou dans leurs abdominaux! Pis les gens sont prêts à vivre avec la douleur qui perdure quelques heures/jours après?

Vous remarquerez, et j’ai fait exprès, je n’ai pas parlé de chirurgie plastique, de remodelage, de reconstruction de ci ou de ça. Je trouve que ce sont des mots bien trop cute pour parler d’affaires aussi graves que de se faire couper la face volontairement! C’est mon avis. Mais bon, il n’y a pas que ça. C’est pourquoi on va se ramener au jugement. Hein, le bon vieux jugement. On est des humains dotés de pensée critique, alors souvent on critique. À chaque fois que je réfléchis à la beauté, surtout à cette beauté plastique et à la beauté artificielle, à la beauté d’objectification du corps, mon premier réflexe est de critiquer, de condamner la chose, comme plusieurs. Mais j’arrive difficilement à avoir une position dure face à ça. Mes yeux se posent sur l’humain qui devient victime de ça, la personne qui a ses désirs, ses envies, qui vit sa détresse, ses combats peut-être. On ne combat pas tous de la même façon, on recherche tous un sentiment d’équilibre intérieur, une paix, un bien-être, parfois on cherche juste à calmer le torrent en dedans, dans le corps, dans la tête… Chez certaines personnes, ces standards démesurés ont été intériorisés et les ont amenés vers ces choix. Pour elles, se sentir bien, se sentir mieux passe par des choix plus extrêmes, des zones dans lesquelles on ne souhaite pas tous aller au nom de la beauté.

On assume peu notre désir, voire même notre besoin de beauté. Moi, je pense vraiment que c’est un besoin. C’est un besoin qui a différentes formes et qui est comblé par différents moyens. On ressent un malaise par rapport au fait de vouloir être entouré de beauté, on dirait que ce n’est pas assumé. Pourtant, on peut remonter très loin dans l’histoire de l’humanité pour parler de beauté. Les pharaons égyptiens accordaient une importance capitale à la beauté, la beauté du corps bien-sûr, mais aussi la beauté dans leur environnement. Les Grecs, eux, vouaient un culte au corps, à un corps sain, un corps fort et puissant. Et si on poursuit cette réflexion, on peut se rendre compte que l’apparence est restée une préoccupation humaine (à mon humble avis) qui perdure au fil des époques, des cultures et des sociétés. Les apparats d’or et de pierres précieuses des peuples incas n’étaient-ils pas une manifestation ou une expression de la beauté?  Et ces hommes et femmes de peuples indigènes qui, encore aujourd’hui (dans certaines contrées), vont torse nu, mais le cou, les poignets et les chevilles couverts de colliers et bracelets, ne tentent-ils pas d’exposer ces parures comme une certaine forme d’expression de la beauté? Ce n’est peut-être pas ça du tout, en fait probablement pas, je ne possède pas ces connaissances anthropologiques. Toutefois, ça m’amène à un constat que peu de gens pourront réfuter : depuis des siècles et des siècles, l’humain observe son corps et initie des choses pour le changer, pour le modifier. Que ce soit pour y ajouter des parures diverses, pour le vêtir (ou le dévêtir parfois) d’une certaine façon, ou carrément pour modifier physiquement certaines parties de ce corps. La beauté fascine le monde depuis la nuit des temps.

Il n’y a pas de mal à vouloir s’entourer de beau. Intégrer dans notre environnement des choses que l’on trouve belles, dans lesquelles on se sent confortable et qui nous font se sentir bien. Que ce soit une plante, un fauteuil, une œuvre d’un artiste, un simple vase. Ces belles choses, qu’on choisit, qui nous ont interpelés à un moment ou à un autre, sont un reflet de nous. Elles donnent une identité propre et singulière à notre milieu de vie, une identité qui reflète qui nous sommes et notre vision de la beauté. Qu’est-ce qu’il y a de mal là-dedans? C’est matérialiste? Superficiel? Vraiment?! Moi, je dis que non.

Et quand vient le temps de parler de la beauté pour prendre soin de soi, la beauté de donner de l’attention à son corps, là c’est sûr, c’est plus délicat. Y a toute une variété, si on pense aux rituels de beauté. Se glisser doucement dans un bain, passer le jet d’eau sur son corps, sentir la chaleur, la douceur et l’odeur des produits hydratants, ça contribue à la beauté, c’est passer un beau moment avec soi. Appliquer un rouge sur ses lèvres, illuminer son regard par une touche de mascara, se parfumer, enfiler un vêtement dans lequel on se sent bien, on se sent beau ou belle, sentir le contact du tissu sur notre peau, c’est bon, tout le monde aime ça. Ça peut même contribuer à nous faire sentir plus confiant. Il n’y a rien de mal là-dedans. Il y a toute une diversité, une intensité dans les manifestations de la beauté. Certaines sont plus sobres, plus brutes, d’autres sont plus sophistiquées, mais tout le monde cherche en quelque sorte à s’entourer de beauté et, à la base de ça, il y a un besoin de sentiment de bien-être, je pense.

Il faut aussi reconnaître le regard de l’autre dans notre recherche de beauté. Personne ne peut dire qu’il n’a jamais eu envie d’avoir une place dans le regard de l’autre. On a tous envie et on a tous besoin d’avoir cette place où on se sent spécial, parce que reconnu dans notre beauté, mais surtout dans notre vérité. Et encore là, il n’y a rien de mal à ça. Bien sûr, il faut s’ouvrir à la beauté, la voir dans d’autres éléments que l’objectification corporelle. Il faut voir la beauté dans l’énergie manifestée par une personne, il faut sentir la beauté dans l’étincelle du regard de quelqu’un, se laisser toucher par la beauté dans la force du discours de l’autre, se laisser étreindre par la beauté du talent manifesté par une personne, être accueilli dans la beauté de l’humanité et de l’empathie d’un autre. En fait, je suis de plus en plus convaincue qu’il faut cultiver la beauté sous différentes formes pour la voir et l’apprécier dans toutes ses manifestations et dans toutes ses expressions.

On a aussi besoin d’être franc avec soi et de reconnaître que la beauté ne rime pas d’emblée avec pression sociale pour répondre à des idéaux corporels inatteignables (bien qu’il faille dénoncer cela) et qu’elle n’est pas non plus que superficielle et artificielle. Il faut plutôt s’avouer que la beauté est intrinsèquement liée à l’humain, qu’elle réside en chacun de nous et que nos efforts devraient être dirigés à humaniser la beauté et à ne plus l’objectiver, plutôt qu’à vouloir la dénoncer.

 

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2 Commentaires

  1. Catherine Briand

    En relisant ton texte Joanie, j’ai été attirée par l’idée que l’humain a besoin de beauté autour de lui. Je suis d’accord… Et, les données de la recherche le disent.

    Pour accéder au bonheur, les travaux de Rachel Thibault disent que ces activités à chaque jour sont importantes (j’en oublie…j’y vais de mémoire):
    1-Une activité de centration, de méditation, un temps d’arrêt pour faire le vide, prendre du recul
    2-Une activité de don de soi, s’ouvrir aux autres
    3-Une activité qui nous procure du plaisir
    4-Une activité pour créer et apprécier la beauté!

    Voilà!

    Réponse
  2. Mélodie

    Ton passage descriptif sur les interventions (au lieu de les appeler par leur nom), ça m’a rappellé un livre de Dominique Torres, dans lequel elle écrit « il faut nommer le mal pour le concrétiser, et le vaincre ». J’aime bien le fait que tu as fait l’inverse…une description qui ramène à la réalité plutôt que son « petit nom cute » comme tu dis.

    Réponse

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