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L’instant présent ou revenir à la maison

Par Johanne Harvey

Par la fenêtre, Pastels sèches, Octobre 2017, Johanne Harvey

« Fie-toi à ton coeur

Quand s’embrassent les mers

et ne vis que d’amour

Même si le ciel tourne à l’envers »

E.E. Cummings

Chère Marie,

Je ne te connais pas, pas encore. Mais j’ai le goût de t’écrire et surtout de te dire que cela m’a fait tellement plaisir de te savoir de retour parmi nous.

Oh! Marie, quel sujet. Difficile pour moi de rester dans le moment présent ces derniers temps. La peur et l’anxiété ont occupé principalement mes pensées. J’ai connu pendant quelques mois un répit, une longue période d’apaisement. Je suis tellement en colère de me sentir à nouveau vulnérable et si fragile. Difficile d’avancer dans ces conditions. Mais je reste debout et je continue.

Dans le fond, je ne sais pas pourquoi il y a eu cet effondrement à l’intérieur de moi. J’ai préparé du mieux que j’ai pu ce retour. Pourtant, j’ai le sentiment d’avoir fait une erreur, d’avoir surestimé mes forces peut-être. Je ne sais pas pourquoi ma balloune a crevé. Je suis en colère contre moi-même, comme si je m’étais illusionnée, raconté des histoires. Et je me sens perdue.

Je découvre à quel point il m’est essentiel d’être créative et de faire de l’art, j’y attache de l’importance; d’ailleurs, parmi mes meilleurs moments ces dernières semaines, il y a ceux où j’ai visité des expositions de peinture.

Je voudrais écrire ce texte en rouge. Rouge de colère et rouge de honte.

Je suis mon instinct et ce n’est pas facile pour ma tête qui panique.

Être dans l’instant présent, ça fonctionne quand on est paisible et qu’on se sent bien, mais quand on est terrorisée, effrayée comme je le suis par l’ampleur de ce que j’ai fait, le Maudit instant présent te fait chier!

L’autre matin, pendant le cours de gymnastique douce, j’ai réalisé que je ne savais plus où était ma maison. Que, même si je suis chez moi et que j’ai mis beaucoup d’énergie à investir le lieu, je ne me suis pas encore posée. Qu’est-ce qui me retient? Encore une fois, le temps du corps. Besoin de me rassurer, d’être certaine d’avoir fait les bons choix. Oh! impatience.

Être dans l’instant présent implique d’être là, chez moi à l’intérieur de moi. Et cela implique un certain lâcher prise…

J’apprends, ou devrais-je dire, je réapprends ces temps-ci l’importance des ancrages, de s’occuper de mes besoins de base comme dans la fameuse « pyramide de Maslow ».  Je lâche prise. Ce qui fait que la reconnaissance et la réalisation de soi passent après la survie, la sécurité et l’appartenance. Je m’identifie pleinement au niveau deux de la pyramide « la sécurité », le besoin d’organiser ma vie de manière à garantir ma survie. C’est aussi basique que ça. Alors, la méditation et la réalisation de mes aspirations profondes sont reléguées au second plan, pour le moment. De là, une source de conflit. Je commence à me dire que ce n’est peut-être pas parce que je me suis racontée des histoires que j’ai eu l’impression que ma balloune a crevé. C’est peut-être simplement une question de priorités. Installer la base, ma base. Leçon d’humilité et de vérité. Reconnaître que j’ai des besoins matériels importants, que mon corps est plus fragile. Que là se trouvent mes besoins fondamentaux. Ce qui donne un autre sens et m’apaise. Et m’aide à me pardonner de n’être pas aussi performante que je le souhaiterais. Cela demeure si difficile de rester collée à la réalité. Mon esprit s’emballe tellement vite et trouve toujours ce qui reste à faire ou ce qui aurait dû être fait.

Me voici installée à la campagne. Dans une région que je ne connais pas et où je ne connais personne. Cela me fait bizarre et quelque peu peur. Pourtant, cela aurait été plus facile de m’installer là où j’ai des amis. Mais non. Je ne sais pas encore ce que je fais ici. À part que j’ai eu un coup de coeur, un coup de foudre d’abord pour la région et puis cet appartement… Je commence gentiment à me poser, à revenir à la maison dans tous les sens du mot. Et je recommence à rêver.

Merci Marie pour ton texte qui m’a permis de t’écrire et de me sentir entendue.

« Questionne-toi, cherche des réponses au lieu de rouler sans répit. Crois-moi, elle viendront, ces foutues réponses. (…) Donne une chance à tes questionnements de se manifester, de te parler. »

– Un vélo dans la tête, Mathieu Meunier, Editions Marchand de feuilles

 

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