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Ma folie

Par Johanne Harvey

 

 

 

Tu es mon amour
Ma clameur mon bramement
Tu es mon amour ma ceinture flêchée d’univers
Ma danse carrée des quatre coins d’horizon
Le rouet des échevaux de mon espoir
Tu es ma réconciliation batailleuse
Mon murmure de jours à mes cils d’abeille
Mon eau bleue de fenêtre
Dans les hauts vols de buildings

Extrait de « La marche à l’amour », Gaston Miron, L’homme rapaillé

 Edwige, Papier de soie, peinture acrylique et pastels secs, Avril 2017, Johanne Harvey

Chère Catherine,

J’ai le souvenir d’un film,  il y a de cela très longtemps, je devais avoir vingt et quelques années, qui m’avait terrifiée et obsédée. Je ne me rappelle plus du titre, mais je me souviens très bien de cette femme qui s’était enfermée en elle-même, pour ne plus avoir à affronter la dureté de sa vie, et s’était retrouvée à l’hôpital. Pendant longtemps j’ai eu ce fantasme, cette envie d’abandonner le combat et de me réfugier dans un lieu au plus profond de moi. Voulant être prise en charge totalement et surtout être protégée de mes tourments intérieurs.

J’ai appris ces dernières années que ce n’est pas parce que je pense quelque chose, que je dois y croire et lui donner une place. Que cette partie de moi qui cherche la moindre de mes erreurs me tuait….

Écrire sur la folie n’est pas facile. J’ai encore tellement peur de lâcher prise et de me tromper. Quand tu écris tout n’est pas sous contrôle, tout n’est pas réfléchi, tout n’est pas prévu, ça me terrifie. Je me retiens tellement de dire ou de faire. Il y a encore, à l’intérieur de moi, un grand besoin de contrôle, de maîtrise. J’apprends, depuis quelques mois, à y mettre de la légèreté et ça me fait le plus grand bien.

Ma folie, c’est de retourner vivre au Québec et d’être dans la joie. Une envie d’être, de nouveauté, de quelque chose de différent.

Les deux dernières semaines ont été ardues et chargées au travail. Du coup, je suis revenue en mode survie, en mode combat. Je me rends compte à quel point ce travail est exigeant et dur. Ça ne me convient vraiment, vraiment plus… Difficile, malgré mes tentatives, de mettre un grain de folie et de légèreté dans mes journées. J’ai des sentiments d’injustice, de tristesse et d’abandon. Je me sens seule, j’ai l’impression de ne plus avoir de place pour rêver et de perdre ma liberté. Le chemin pour clore ce cycle de ma vie est laborieux et me demande un effort. Chaque matin je me réveille fébrile. Je constate que je  ne peux plus tricher avec la partie essentielle de moi-même. Cela m’oblige à avouer mes limites, mes besoins et à laisser tomber mon armure de protection. Je crois profondément au micro changement, un pas à la fois. Ainsi, chaque matin dans ma méditation, je parviens à laisser partir ma fébrilité et j’arrive à me détendre. Puis, je travaille à être présente à ce qui se passe en moi, à nourrir la partie de moi vaillante, authentique et audacieuse et à lui donner de plus en plus de place.

Merci pour ton texte chère Catherine. J’ai eu besoin de le relire plusieurs fois avant de pouvoir le laisser entrer. Ca me rappelle de ne pas laisser tomber mes rêves, y compris les plus fous.

 

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