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Maudit qu’t’es  folle!

Par Myreille Bédard

 

 

 

« Celui qui se perd dans sa passion perd moins que celui qui perd sa passion. »

Saint-Augustin

Nature morte follement vivante, Photo numérique, 2017, Myreille Bédard

Maudit qu’t’es folle!! Combien de fois ai-je entendu cette phrase, en faisant référence à mes frasques et mes attitudes clownesques? Je réponds bien souvent : La différence dans mon cas est que je suis consciente que je suis folle, contrairement à d’autres qui se prétendent en parfait contrôle, et que j’assume totalement cette folie. Mais qu’est-ce que la folie au juste? Moi qui ai sombré au pays de la dépression, il y a plusieurs années, et qui y suis demeurée assez longtemps pour risquer de ne plus jamais en revenir, je connais bien la détresse profonde, celle qui, tel un vampire, aspire toute votre substantifique moelle de vie et d’âme et vous laisse exsangue psychiquement et émotivement. Pourtant, comme je le mentionne dans le livre que j’ai écrit sur le sujet1, à aucun moment je n’ai perdu ma lucidité et ma conscience au cours de la maladie et n’ai ressenti ce que l’on nomme, sans trop savoir ce dont on parle vraiment, la folie.

Alors, de quelle folie parle-t-on lorsque je m’affuble moi-même de ce qualificatif? Probablement de ces moments où j’ai une envie irrésistible de m’évader de la réalité qui peut parfois se faire oppressante ou tout simplement ennuyeuse. Et, pour ce faire, j’emprunte les chemins de l’ironie ou de la caricature pour dérider ce réel, dévier l’attention des autres afin de leur faire comprendre le ridicule d’une situation ou l’absurdité de nos comportements humains. Et, lorsque je réussis à les faire rire à en presque perdre le nord et à leur faire oublier ce pour quoi tout leur semblait si primordial, voire tragique, alors je sens ma mission accomplie; celle d’amener un peu de folie dans leur vie et, par ricochet, dans la mienne. J’aime à dire qu’il y a une différence majeure entre faire les choses avec un certain sérieux et se prendre au sérieux. Je déteste les gens qui se prennent trop au sérieux et ont l’impression que le sort du monde entier dépend d’eux. Quelle prétention….

Il y a cette idée populaire que le génie frôle souvent la folie. On pense aussitôt à des artistes, des scientifiques ou autres personnages hauts en couleur qui ont marqué l’Histoire de leurs œuvres, leurs découvertes ou simplement par leur manière d’être et de vivre tels, Dali, Jeanne D’arc ou encore Alexandra David-Néel. Et si c’était la passion qui était le moteur commun de ces quasi-jumeaux siamois que sont la folie et le génie? Ne dit-on pas, réaliser un rêve fou? Ou encore, être follement amoureux? Et si la folie était le paratonnerre de nos vies, celui qui capte la puissance de la foudre inspiratrice ou des ondes invisibles de notre univers, pour mieux canaliser toute cette énergie créatrice qui cherche une manière de s’exprimer dans notre quotidien? « Je t’aime à la folie, la vie », chantait Serge Lama.

Oui, il faut l’aimer follement la vie pour lui pardonner tout ce qu’elle nous fait traverser, le meilleur comme le pire. Il faut l’aimer inconditionnellement, comme une mère aime son enfant, au-delà des souffrances de l’accouchement, des inquiétudes et des craintes innombrables, des nuits blanches, des attentes et des espoirs déçus, des malentendus et des conflits. Et je crois l’aimer profondément, passionnément cette vie, pour avoir frôlé de la perdre et ne plus avoir ressenti en mon for intérieur, pendant des mois, tous ses mouvements qui provoquent les élans du cœur, le passage du rire aux larmes, l’extase d’une rosée du matin, la langueur d’une brise océane, la nostalgie des premiers émois, l’ardeur d’un amour naissant.

Alors, si c’est cela la folie, je déclare officiellement que je suis follement en vie! J’embrasse à bouche goulue celle (la vie) qui côtoie la mort à chaque jour et je l’empoigne à bras-le-corps pour mieux sentir qu’elle ne nous est accordée que pour un certain temps, l’espace d’une vie, la mienne. Et si ma folie peut permettre à d’autres que moi de ne pas oublier Oh! combien fragile et précieuse est la vie, alors je veux bien qu’on me dise folle.

1 Bédard, Myreille. Vaincre la dépression, l’estime de soi au cœur du rétablissement, Éditions Médiaspaul, 2015, 182 pages.

 

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2 Commentaires

  1. Johanne Johnson

    Quelle belle et adorable folle!

    Vive Myreille et Vive la folie!

    <3

    Réponse
    • Myreille Bédard

      Chère Johanne,
      Je te remercie pour ce commentaire qui me touche et me fait sourire. Puisse la vie t’apporter à chaque jour joie, amour et folie!
      Myreillexx

      Réponse

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