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Mon inspiration créative

Par Marie Gagné

Depuis ma tendre enfance, je suis attirée par le monde imaginaire. De nature contemplative, mes pensées naviguent dans les profondeurs de ma psyché. L’imaginaire me nourrit. Les silences de toutes sortes m’habitent depuis très longtemps. Je rêve de mystique et la spiritualité a une place importante dans ma vie. J’affectionne les contes et légendes et j’ai une attirance particulière pour la symbolique des peuples anciens. On y retrouve toujours une part de leur histoire enfouie sous les débris des mots qui dansent dans l’esprit du conteur.

Ma vision du monde est une vision globale et universelle. J’essaie de retrouver ma trace intérieure dans l’art visuel. Pour l’instant, je me réfère à une forme d’écriture interne. J’aime partir de rien, seulement de traits et de masses qui jaillissent de mon inconscient. Ma gestuelle est souvent pleine d’incertitude, de non-direction. Je cherche malgré tout un certain équilibre dans la création. Cette écriture qui m’est propre me parle beaucoup, au-delà des mots. Quand je me laisse aller à cette première écriture, ce premier jet, j’ai la sensation de prendre naissance.

J’avoue que plusieurs de mes tableaux s’apparentent souvent à une certaine forme de paysage, mais un paysage sortant de mon imaginaire qui est le terreau de mes créations. Si, à priori, j’ignore où je vais quand je peins ou même quand je tends à dessiner, il m’arrive bien sûr de choisir une technique ou une couleur plus qu’une autre. Ces choix prennent tout leurs sens dans la finalité de l’œuvre.

Comme artiste, je suis plus près de mon expression quand je n’ai pas d’intention clairement définie. Je peins pour me libérer, pour m’exprimer et même parfois pour cesser de m’expliquer… Pour l’instant, ce que je veux laisser au monde avant tout est un simple clin d’œil créatif en relation avec mon quotidien.

Pour le thème du mois sur la création, je choisis donc de donner la parole à une conteuse, poétesse et psychanalyste, Mme Clarissa Pinkola Estes. Elle est l’auteure du livre, Femmes qui courent avec les loups. Ce conte est accompagné de certaines de mes œuvres picturales, quelque peu retouchées par ordinateur, simplement pour illustrer le conte.

Voici donc un des contes que l’on retrouve dans ce livre et qui, à mon sens, est très révélateur et reflète pour moi la créativité issue du folklore des contes et légendes.

Bonne lecture !

 

Si tu ne vas pas dans les bois,

jamais rien n’arrivera, jamais ta vie ne commencera.

– Ne va pas dans les bois, disaient-ils, n’y va pas.

– Et pourquoi donc? Pourquoi n’irais-je pas ce soir dans les bois? demanda-t-elle.

– Dans les bois vit un grand loup, qui mange les humains comme toi. Ne va pas dans les bois, n’y va pas.
Bien sûr, elle y alla. Elle alla malgré tout dans les bois et bien sûr, comme ils avaient dit, elle rencontra le loup.

– On t’avait prévenue, fît le chœur.

– C’est ma vie, rétorqua-t-elle. On n’est pas dans un conte de fées. Il faut que j’aille dans les bois. Il faut que je rencontre le loup, sinon ma vie ne commencera jamais.

 

Mais le loup qu’elle rencontra était pris au piège. Dans un piège était prise la patte du loup.

– Viens à mon aide, viens à mon secours! Aïe, aïe, aïe! s’écria le loup. Viens à mon aide, viens à mon secours et je te récompenserai comme il se doit.

Car ainsi font les loups dans ce type de contes.

-Et comment serais-je sûre que tu ne vas pas me faire mal? interrogea-t-elle, c’était son rôle de poser des questions. Comment serais-je sûre que tu ne vas pas me tuer et me réduire à un tas d’os?

– La question n’est pas le bonne, dit ce loup-ci. Tu dois me croire sur parole.
Et il se remit à gémir et à crier:

 

Oh, là, là! aïe, aïe, aïe!

Belle dame

Il n’y a qu’une question qui vaille

Ououououououh

Eheheheheheh

laaaaaaaam!

– C’est bien, le loup, je prends le risque. Allons-y! Et elle écarta les mâchoires du piège.  Le loup retira sa patte, qu’elle pansa avec des herbes et des plantes.

– Oh, merci, aimable dame, merci, dit le loup, soulagé.

Et, parce qu’elle avait lu trop de contes d’un certain type, le mauvais, elle s’exclama :

– Allons, finissons-en. Tue-moi. Maintenant.
Mais ainsi le loup ne fit-il pas. Pas du tout. Il posa la patte sur son bras.

– Je suis un loup qui vient d’ailleurs, un loup qui vient d’un autre temps, dit-il.

Et il s’arracha un cil, puis le lui offrit en disant : – sers t’en avec discernement.

Désormais tu sauras ce qui est bon et ce qui ne l’est guère; il te suffit de voir par mes yeux pour voir clair. Tu m’as permis de vivre et pour cela je t’offre de vivre ta vie comme jamais tu ne le fis.

Souviens-toi, belle dame,
Il n’y a qu’une question qui vaille

Ououououououh

Eheheheheh

Laaaaaaaaam?

 

Ainsi revint-elle au village

Ravie d’être encore en vie

Et cette fois, quand ils disaient

« Reste ici, marions-nous »

Ou « Fais ce que je te dis »

Ou « Dis ce que je te dis de dire,

Surtout n’aie aucun avis »

Elle portait à son œil le cil du loup

Et voyait à travers lui

Leurs véritables motivations

Comme elle ne l’avait jamais fait.

Alors quand le boucher

Posa la viande sur la balance

Elle vit qu’il pesait son pouce avec.

Et quand elle regarda son soupirant

Qui soupirait « Je suis parfait pour toi »

Elle vit que ce soupirant-là

N’était pas bon pour elle

De sorte qu’elle fut à l’abri

Sinon de tous les malheurs du monde

Du moins d’une grande partie.

 

Plus encore : non seulement cette nouvelle façon de voir lui permit de distinguer le cruel et le sournois, mais son cœur ne connut plus de limites, car elle regardait tout en chacun et l’évaluait grâce au don du loup qu’elle avait sauvé.

 

Et elle vit les gens de bonté vraie

Et elle s’en approcha

Elle trouva le compagnon

De sa vie et resta près de lui,

Elle distingua les êtres de courage

Et d’eux se rapprocha,

Elle connût les cœurs fidèles

Et se joignit à eux,

Elle vit la confusion sous la colère

Et se hâta de l’apaiser,

Elle vit l’Amour briller dans les yeux des timides

Et tendit la main vers eux

Elle vit la souffrance des collets montés

Et courtisa leur sourire,

Elle vit le besoin chez l’homme sans parole

Et parla en son nom

Elle vit la foi luire au plus profond

De la femme qui la niait

Et la raviva à la flamme de la sienne.

Elle vit tout

Avec son cil de loup,

Tout ce qui est vrai,

Tout ce qui est faux,

Tout ce qui se retournait contre la vie

Et tout ce qui se tournait vers la vie,

Tout ce qui ne peut se voir

Qu’à travers le regard

Qui évalue le coeur avec le cœur

Et non à la seule aune de l’esprit.

 

C’est ainsi qu’elle apprit que ce que l’on dit est vrai : le loup est le plus avisé de tous. Et si vous prêtez l’oreille, vous entendrez que le loup, lorsqu’il hurle, est toujours en train de poser la question la plus importante. Non pas « Où est le prochain repas? » Ni « Où est le prochain combat? » Ni « Où est la prochaine danse? »

Mais la question la plus importante

pour voir a l’intérieur, pour voir derrière,

pour estimer la valeur de tout ce qui vit,

 

Ououououououh

Eheheheheh

laaaaaaaaam?

Ououououououh

Eheheheheh

laaaaaaaaam?

Où est l’âme?

Où est l’âme?

 

Va dans les bois, va.

 

Si tu ne vas pas dans les bois, jamais rien n’arrivera, jamais ta vie ne commencera.

 

Va dans les bois, va

Va dans les bois, va

Va dans les bois, va

Extrait de « The Wolf’s Eyelash », poème en prose de Clarissa Pinkola Estés, 1970, extrait de Rowing songs for the night sea journey Contemporary Chants.

 

Source: « Femmes qui courent avec les loups », Clarissa Pinkola Estes » pp. 414 à 417

Œuvres et dessin de  Marie Gagné

 

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