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Infos pour illustration: Sans titre, photo, 2019, Émie Perreault

Mon premier disque

Quand j’avais 7 ans, j’avais un 33 tours de Nathalie Simard et un vieux pick-up dans une boîte de plastique raboteuse et très bleue. Je connaissais toutes les chansons par coeur. Je m’installais devant un miroir carré dans ma chambre, tenu par quatre pinouches transparentes que mon père avait posées. C’était un miroir de base, mais c’était le mien et il était dans ma chambre. Donc, je m’installais devant avec ma brosse à cheveux et je chantais. Je sais, c’est cliché. J’aimerais ben vous dire que j’ai pris autre chose, mais non, j’ai pris ma brosse. Ronde et bourgogne. Et je chantais, avec mon âme. Nathalie, oui, Nathalie. J’ai tellement été intime avec cet album-là que je peux me permettre de l’appeler par son prénom… Bref, Nathalie… cet album-là m’a suivi toute ma vie… comme un ami, comme une référence de tant d’événements!

L’oiseau

Nathalie avait fait un remake de L’Oiseau de René…

 

Je connais la brume claire
La neige rose des matins d’hiver
Je pourrais te le trouver
Le lièvre blanc qu’on ne voit jamais
Mais l’oiseau, l’oiseau s’est envolé
Et moi jamais, je ne le trouverai

J’écris les mots de mémoire. Pardon Nathalie. Pardon René. Ça se peut que les paroles soient pas les vraies. J’ai juste imprimé ça dans ma tête, il y a 38 ans… Et là ma tête me dit : «Mel, va su’ Google…» Non. Je refuse. Les préfets de la perfection iront à ma place, s’ils y tiennent. Moi, ça me tente pas. J’ai chanté cette chanson-là à mes enfants.

 

Depuis que je suis parti

Un jour, mes parents se sont divorcés…. j’avais onze ans… et j’ai chanté, dans la douche de la rue de l’Église :

Paolo : Depuis que je suis parti,
Tout semble triste dans ma vie…

Nathalie : Depuis que tu n’es plus là,
Je sens le vide, tout au fond de moi

Paolo : Tous les jours, je pense à toi
Aux doux instants d’autrefois
Et je revois ton sourire
Je n’aurais jamais dû partir

Nathalie: Maman n’est plus comme avant
Elle me veille à chaque instant
Les Deux : Mais une vie sans nous, toi!
C’est un monde! Où l’on a froid

Nathalie : Tu n’es pas à la maison
Pour m’aider à mes leçons

Paolo : Je ne sais plus comment te dire
Je n’aurais jamais dû partir

Les Deux : Toi! Toi qui m’avais promis
De ne jamais me quitter
Nous voilà séparés

Nathalie : Oh! moi je ne comprends pas

Paolo : Tu ne peux pas comprendre

Nathalie : Tu sais, Je t’aime, Papa

 

Ave Maria

Mon frère a été terriblement malade dans sa vie. Il a eu de l’arthrite en très bas âge, la leucémie myéloïde aiguë à l’âge de 18 ans et il est décédé du cancer de la gorge à l’âge de 35 ans. Le 15 avril 2019, ce sera le 5e anniversaire de son décès. J’ai chanté, Nathalie, mais ça rien faite. Il est mort pareil… Il l’ont charcuté, Nath. Mon frère a souffert de cancer, mais le pire ç’a été l’acharnement. Ils l’ont découpé en morceaux, Nath. Même si je chantais, même si on était mille à chanter. Il est mort pareil. Beau, fringant, jeune…

Ave Maria
Qui êtes dans les cieux
Ce soir poser les yeux
Sur un enfant de la Terre
Écoutez sa prière

Ave Maria
Mère des orphelins
Éclairez mon chemin
Protégez ma famille
Bénissez tous mes amis

Dame du ciel au regard si bleu
J’ai besoin que vous soyez près de moi
Le soleil qui brille entre vos blonds cheveux
Et rayonnant de joie

Ave Maria
Donnez tendre Marie
Je vous donne mon coeur
Mon esprit et ma vie
Et ce bouquet de fleurs

Ave Maria, je vous donne très humblement ces fleurs
Je vous en supplie
Sauvez mon petit frère (l’original dit : grande soeur, mais bon!)
Sauvez cette vie
Il est mon meilleur ami
Ave Maria, je vous en supplie

Bon. Tout le monde qui me connaît sait pertinemment que je ne suis pas croyante. Pas en la religion ni la Sainte Vierge. Ni même en Dieu. Je crois à certaines choses, vaguement, quelque chose de supérieur, mais bon. Ma mère est croyante. Elle prie Marie. Je me disais que ça compensait. J’ai chanté, Nathalie… Mais il est mort pareil. Peut-être le bon Dieu se venge de mon agnostisme…

J’aurais voulu être un garçon

J’ai été follement amoureuse d’Élise…

J’aurais voulu être un garçon
Afin de vivre ma vie…

Oufff! la mémoire me manque! Ok, je l’avoue, pour cette toune-là, je triche, je vais voir sur Google… mais non. Google aussi a un blanc… Cette chanson-là parlait du fait que les garçons avaient de meilleures chances dans la vie que les filles. Je chantais ça avec Élise. Mais pour moi, ça avait un tout autre sens.

 

Le petit prince

Ma chanson préférée, c’était Le petit prince. J’y ai pensé pas plus tard qu’aujourd’hui. Parce que cette chanson-là a complètement changé ma vie.

Ce soir, il était là
Dehors, tout auprès de chez moi
Et je l’ai reconnuuuuuuuuuuu
L’enfant, aux cheveux d’or
Chantait sous le vent du nord
Son royaume est connuuuuuuuuuuuuuuuu

Illlllll…. cherche un ami
Seul dans la nuit
Le petit prinnnnnnnnnnnce
Qui revient de loin
Rose à la main
Le petit princeeeeeeeeeeeee
Je voudrais être ton amie
Ô Petit prince….

Il, lors d’un vol de nuit
Reviens car il est par ici
Il te cherche partouttttttttttt
J’ai peur qu’il ne profite
De de son beau vol d’oiseaux blancs
Pour fuir, tout comme avanttttttttttttttttttttt

Illllllllllllll cherche un amiiiiiiiiiii
Seul dans la nuit
Le petit prinnnnnnnnnnnnnnnnce
Qui revient de loin
Rose à la main
Le petit prince
Je voudrais être ton amie
Ô petit prinnnnnnnnnce
Je serai ta princesse aussiiiiiiiii
Monnnnnnnnnn, petit, princeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee

 

Quand j’étais en quatrième année du primaire, j’avais peut-être 10 ans, à l’école où j’allais, on a reçu une espèce de salon du livre. L’image qui me revient c’est les longues tables pleines de livres. Chez moi, il y avait trois séries de livres :
Primo, le TV Hebdo.
Secundo, l’encyclopédie Grolier qu’un vendeur itinérant a réussi à vendre à ma mère…
Tertio, la collection des livres de Disney. Merci, Maman d’amour xx.

Les livres de Disney, c’était magique, mais c’était tout de même des histoires courtes que je connaissais par coeur en première année du primaire.

Alors, quand je me suis retrouvée face à des tables de livres, je jubilais… Je les ai tous tenus dans mes mains, je pense, jusqu’à ce que je tombe sur Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. Tout de suite, dans ma tête, j’ai su que ce livre était pour moi. J’ai ramassé mes économies dans le fond de ma poche et je me suis offert mon premier livre. Depuis, je le lis une fois par année, au moins. Je l’ai fait acheter à l’école. Mes élèves le lisent. Aujourd’hui, j’ai un jeune qui a fait son premier examen de lecture de l’année grâce au Petit Prince. Je lui ai prêté mon premier exemplaire… Avec mon nom écrit avec ma graphie de 9-10 ans…

Ç’a été long avant que j’aie le bagage nécessaire pour faire le lien entre le livre et la toune… Merci, Nathalie. Grâce à toi, le premier roman que je me suis acheté a été un roman important de la littérature. J’ai lu Saint-Exupéry, mais toujours j’aurai Le Petit Prince gravé sur le coeur. Je chante ce soir en écrivant et ça me rappelle plein de choses.
Mais bon, Nath… je suis devenue familière. C’est que tu m’as collée dans la peau.

Quans j’étais en première année, je chantais dans l’autobus, toutes les tounes du 33 tours. Mais surtout Le Petit Prince. Le chauffeur me faisait asseoir, l’autre bord, de son bord à lui, sur le petit rebord de la fenêtre. Il voulait que je chante pour lui. Il m’achetait des bonbons, des petits cadeaux… un kit de manucure… Un jour, ma mère était à cours de gardienne pour un imprévu au travail et a demandé au chauffeur de me garder avec lui, toute la run de bus, et de m’amener chez lui après. On habitait un petit village, tout le monde se connaissait… c’était du bon voisinage… en campagne, tout le monde aide tout le monde… C’est clair qu’il a dit oui. Ce soir-là, ma mère est venue chercher une fille pas mal plus lourde qu’à l’aller. Ça a duré trois ans.

Quand j’ai su pour toi, j’ai raconté, pour la première fois, mon histoire à moi.

C’est pour ça dans le fond que je t’appelle Nath.
On est soeurs de toune.

 

 

Mélanie-Karine Dubé

 

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