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Partir à l’autre bout du monde

Par Joanie Thériault

Sans titre, Collection les étincelles de l’amitié, Acrylique sur canevas, 2016, Rita Blier

« Solitude : État de quelqu’un qui est seul, momentanément ou habituellement : Profiter d’un instant de solitude pour réfléchir. Aimer la solitude.« 

-Dictionnaire de français Larousse.

Choisir la solitude. Est-ce que c’est vraiment un choix ? Bien avant d’écrire ces lignes, je disais que oui. L’orgueil à l’intérieur de moi disait que oui. Je pense maintenant que c’est en partie vrai, mais qu’il ne faut toutefois pas se berner : on n’est pas toujours seul par choix. Il faut, par contre, choisir d’accepter et de comprendre cette solitude.

À un moment de ma vie, j’ai pensé que j’avais fait le choix de la solitude. En fait, je m’étais fait croire que la solitude, c’est de voir qui on veut quand on veut, sans attache, sans lien, sans sens. On pense qu’on se met au centre de nos priorités, qu’on est « focus » sur nos envies, nos désirs, nos choix. On prend, on profite, on dispose, on reste indépendant et sans attente. Ça, c’est ce que je pensais. Dans la réalité, oui j’étais indépendante, mais les attentes étaient toujours là et la satisfaction, jamais vraiment au rendez-vous. Je me suis vite rendue compte que ce n’était pas vraiment ce genre de « solitude » que je cherchais et dont j’avais besoin. Ça, c’était plutôt le vide relationnel, rien d’intéressant, à part momentanément, rien de profond ni de nourrissant, un « remplissant » éphémère. Mais, j’avais besoin de partir à l’autre bout du monde, au sens très figuré, de faire un virage à 180 degrés, là où il n’y a rien ni personne, pour mieux en revenir et trouver…

Ça fait que je me suis avoué que je me mentais à moi-même sur mon besoin de solitude. Là, j’ai fait le vrai choix de la solitude. Pas l’indépendance ou la simili-solitude. J’ai choisi d’essayer de me comprendre, de comprendre pourquoi j’avais fait les choix que j’ai faits, de comprendre qui j’étais et ce que je voulais pour mon avenir. En état de tourbillon intérieur, je voulais remettre les choses en équilibre sur le fil de fer qu’est la vie, et la seule façon d’y arriver, pour moi, était d’être seule avec moi-même, en toute honnêteté. Pas d’être seule avec des gens qui sont de passage en me disant que ça fait mon affaire, alors que ça ne le fait pas.

C’est quand on est « obligé » de passer quelques vendredis ou samedis soirs seul (et bien d’autres journées ou soirées), qu’on prend le temps de se questionner sur ce qu’on désire vraiment, ce qui nous fait vibrer vraiment. On prend conscience de nos propres contradictions intérieures et on essaie de les accepter. Et c’est là que pour certains, c’est souffrant ou triste, ou « malaisant ». Entrer en dedans de soi, c’est voir sa lumière, mais aussi ses zones d’ombre, et c’est parfois difficile. Par contre, se donner à soi-même du temps et de l’importance, ça vient réconforter les bouleversements qui émergent de la solitude. Seule avec moi-même, j’ai pu avancer vers l’acceptation de mes failles, de mes limites…

J’ai fini par tirer plaisir et bien-être de rentrer chez moi, sachant que personne ne m’y attendait. C’est aussi avec plaisir que j’ai refusé des invitations, parce que j’avais prévu prendre du temps pour moi. Pour faire des choses parfois sans importance ou des choses qui me font un grand bien telles que, cuisiner, prendre un bain, m’installer dans une chaise sur la terrasse. Tout ça m’a permis de vraiment bien choisir quand et comment je voulais m’entourer. Mes moments de solitude m’ont permis de m’accorder de la valeur et de pouvoir refuser spontanément et sans questionnement l’entourage de certaines personnes. Pas d’arrière-goût amer, pas de remise en question à savoir si les gens allaient me trouver « plate » ou ordinaire, ou quoi. Non. Juste le sentiment de cohérence avec moi-même.

J’en suis arrivée à la conclusion que j’avais besoin d’être peu entourée. Il y a des gens qui cultivent de nombreuses relations, intimes comme platoniques, et qui y trouvent l’équilibre. Moi, trop ça m’étourdit, j’ai plutôt compris que j’avais besoin de peu.  J’ai choisi des relations moins nombreuses, profondes et empreintes de réciprocité, si naturelles. Des relations qui vont tout simplement comme va le vent, comme va l’eau des marées, sans mode d’emploi, sans guide de survie. Me poser mille et une questions sur une relation (amoureuse ou amicale), ça ne m’intéresse pas. Me préoccuper de ce que je révèle ou non et de comment ça va être accueilli, ça ne m’intéresse pas non plus. J’ai envie de simplicité, d’honnêteté et de naturel. Si les gens qui m’entourent ne reflètent pas ça, mieux vaut la solitude à cet entourage.

Mes moments de solitude m’ont amenée à privilégier certaines relations, plutôt que d’autres. Faire face à mes contradictions intérieures m’a aidée à accepter celles des autres et à choisir des relations authentiques et à les nourrir.

Mettre le lien vers la chanson « Je pars à l’autre bout du monde » de Beyries.

 

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1 Commentaire

  1. Johanne Harvey

    Quel plaisir de te lire ma belle!

    Réponse

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