Sélectionner une page

Joanie Thériault

Qui suis-je ?

Seigneur, que je me suis souvent posé cette question! En fait, je me pose encore et toujours des questions, mille et une questions. Des questions sur moi-même, sur mes choix, sur les autres, ici et ailleurs. Je ne dis pas que c’est mauvais, non, non! Juste que ça réfléchit fort dans ma tête!

Je suis Joanie Thériault. Je suis ergothérapeute et je m’intéresse beaucoup à la santé mentale et au bien-être psychologique des gens, en particulier à celui des femmes. Actuellement, je fais un doctorat afin de comprendre comment il serait possible d’offrir des services de santé plus innovants pour mieux aider les personnes avec un trouble de la conduite alimentaire. Jusqu’ici, tout semble logique et évident. Une fille curieuse, qui se pose plein de questions, rien de surprenant qu’elle fasse un doctorat! L’affaire c’est que le chemin pour se rendre jusque-là est loin d’être aussi évident.

On a tous des souvenirs de notre enfance qui sont, parfois racontés par nos parents et parfois des souvenirs dont on se rappelle très bien, même tout petit. Moi, ma mère raconte toujours que j’avais donc hâte de commencer l’école, d’apprendre à écrire et à lire, de prendre l’autobus toute seule le matin! Faut savoir que je suis une enfant unique. Attention! Pas une enfant unique gâtée pourrie à qui on a tout’ donné! Non.

Une enfant unique qui n’allait pas jouer au parc, parce que c’était ben trop loin! Qui devait faire du vélo dans la cour seulement, parce que la rue c’est ben trop dangereux, ne pas grimper aux balançoires parce que c’est ben trop dangereux! On me faisait mes toasts; le grille-pain c’est chaud, ça peut brûler! On me servait mon verre de lait; tout d’un coup que je m’en renverse dessus! Vous voyez le topo ?

Tout ça a fait en sorte que j’ai eu des envies d’émancipation et d’autonomie très tôt dans ma vie! J’ai eu envie de me distancier de ce noyau très conservateur, j’irais même jusqu’à dire, pas toujours ouvert d’esprit. Je n’arrive pas à me rappeler quand exactement, mais je sais que cette sensation est arrivée tôt chez moi et elle est restée longtemps.

Bon, je passe les frasques de l’adolescence, on en a tous. La fameuse phrase : « Je ne ferai pas comme ma famille », ben moi, j’ai absolument RIEN fait comme elle! Mais câline que je me suis cherchée, pis longtemps à part de ça!

À 17 ou 18 ans, je ne savais pas ce que je voulais VRAIMENT. Je savais juste que je voulais aller au CÉGEP à Montréal pour voir des gens différents, des réalités différentes, être plus près de la culture que dans ma petite ville de banlieue éloignée. Je n’avais aucune idée de pourquoi je faisais les choix que je faisais. Je n’arrivais pas à me projeter dans une carrière potentielle. Sérieusement, je n’y comprenais rien! J’étais pleine de questionnements que je n’arrivais pas à élucider. J’ai juste décidé de ne pas aller à l’université, c’était trop me demander que de choisir quelque chose.

Encore aujourd’hui, je me dis que c’est beaucoup demander à des jeunes que de décider de leur parcours à un si jeune âge. À l’époque, si une voyante m’avait dit que je serais où je suis en ce moment, je ne l’aurais pas crue!

Les années ont passé et j’ai continué de réfléchir, de me poser des questions, mais sans trouver de réponses. Ça a l’air fatiguant de même, mais pour vrai, c’était pas si pire! Ma vie avançait. J’accomplissais des choses, je rencontrais les attentes sociales. Trouver un boulot, acheter une voiture, trouver un chum, acheter une maison. Toutes des choses qui font que les gens te regardent et disent : « Hey ça va ben tes affaires, hein! ». Moi, par contre, je savais que ce n’était qu’un passage, qu’une étape. Je n’étais pas à l’endroit où je pouvais dire que je m’étais trouvée, que j’avais à l’intérieur de moi un sentiment de cohérence.

J’ai vite saisi que ce n’est pas tout le monde qui réfléchit sur soi, sur le sens de sa vie et sur son bien-être. J’ai eu un travail que j’ai aimé et qui m’a amenée à préciser ce que je voulais faire dans la vie. Ça m’a permis de prendre conscience de mon potentiel et de toutes mes aptitudes. J’avais envie de comprendre les gens et de les accompagner vers le bien-être. Un jour, j’ai trouvé! Je savais que ma place était dans le domaine de la réadaptation, je devais y aller.

Ce jour-là, j’ai dû regarder en arrière et faire le point sur les choix que j’avais faits … et pas faits. Toutes les questions que je m’étais posées commençaient à trouver réponse. Ça a été tough en maudit. J’ai eu des décisions à prendre. J’ai choisi de renoncer à rencontrer toutes les sacrées normes sociales que les gens s’imposent, comme faire les choses dans l’ordre, étudier, se marier, acheter une maison, faire des enfants pis remplir son REER.

J’ai dit fuck à ça. J’ai aussi dit fuck à la stabilité et la sécurité qui sont aussi très chères aux attentes sociales. J’ai aussi dit fuck à une autre affaire très populaire de nos jours, très 21ième siècle, le TTT. Ça, ça veut dire avoir tout’, tu’suite, tabarnak! C’est une expression qui vient de mon amie Julie. J’ai donc choisi de me mettre en priorité, d’être à l’écoute de mes besoins et de mes intuitions (pas toujours facile encore aujourd’hui).

Rien d’égoïste ou d’égocentrique! J’ai choisi d’être patiente et dévouée à mon projet de vie. J’ai aussi choisi le travail acharné et la rigueur, parce que retourner sur les bancs d’école à 26 ans, ça a nécessité un investissement considérable à tous les niveaux.

…Et j’ai eu tout un travail d’acceptation à faire. Même si j’étais prête à faire des choix difficiles, j’ai eu à accepter les conséquences difficiles qui en découlent. Quand tout le monde met des photos de leur bébé sur Facebook et que t’es tout’ seule avec ton chien dans ton p’tit 3 1/2, pis que tu fais des demandes de prêts et bourses, ça se peut que tu feel pathétique. Ça m’est arrivé!

Là, je me suis dit que j’avais peut-être besoin d’aide (en bonne future ergothérapeute) et je suis allée en chercher, ça m’a beaucoup aidée. Je me suis dit que j’aurais dû faire ça avant. Mais, je n’avais pas le temps pour les regrets, je voulais aller de l’avant.

Bon maintenant ça va! Je peux dire que « je suis sur mon X », comme on dit. Je me sens cohérente et je cherche à être toujours plus à l’écoute de mon intuition. Je regarde tout ça et bien honnêtement, je referais pareil! Toute cette expérience m’a amenée tellement loin comme personne. J’ai accompli beaucoup, toute seule, par moi-même, par mes décisions. Je suis allée à la découverte de moi-même et ça fait du bien. Maintenant, je comprends comment c’est important pour les gens de s’autonomiser, de prendre pouvoir et ça me guide comme professionnelle, comme future chercheuse aussi.

Sur mon parcours, j’ai rencontré plusieurs personnes déterminantes qui m’ont marquée très profondément, plusieurs sont des femmes. Chaque fois je me dis, c’est impressionnant comment une personne, même pour un bref instant, peut avoir une influence si grande dans la vie d’une autre. Tout cela me porte à penser que les liens de l’esprit sont parfois beaucoup plus forts que les liens de sang…

 

© Toute reproduction sans la permission de l’auteure est interdite.

Textes de Joanie :

Partir à l’autre bout du monde

Partir à l'autre bout du monde Par Joanie Thériault Sans titre, Collection les étincelles de l’amitié, Acrylique sur canevas, 2016, Rita Blier "Solitude : État de quelqu’un qui est seul, momentanément ou habituellement : Profiter d’un instant de solitude pour...

Les formes de la beauté

Les formes de la beauté Par Joanie Thériault Beauté sauvage. Photo numérique, juillet 2017 Beauté, douceur, chaleur, confort, harmonie, beauté, sensualité, volupté, féminité… beauté, artificialité, marginalité, objectification… femme objet… corps objet… Quel drôle de...

Le spectre maladie-folie

Le spectre maladie-folie Par Joanie Thériault Sans titre, acrylique et papier mâché sur canevas 16X18, 2017, S.D. Je me dois de revenir sur les propos de Catherine dans ce texte, à l’effet que la folie et la maladie mentale sont vraiment les deux opposés d’un spectre....

Prendre la porte

Prendre la Porte Par Joanie Thériault Portes de sortie, Dessin naïf aux crayons de bois sur papier d’imprimante,  4’ X 6’, Un après-midi pluvieux de 2017, Joanie Thériault. Avoir un exutoire, pouvoir avoir une porte de sortie, c’est à ça que ça fait écho chez moi la...

On ne fait pas d’erreurs

On ne fait pas d’erreurs Par Joanie Thériault     « Le chemin qu’on a fait, c’est parce qu’on a eu à le faire. C’est parce qu’on fait ce qu’on fait, qu’on est ce qu’on est. C’est pas des erreurs, y’a pas d’erreurs, y’a juste des chemins. » André Sauvé Quand...

Pour cette zone de commentaires, nous vous demandons votre adresse courriel à des fins de sécurité. 

En aucun cas votre adresse ne sera ni enregistrée ni diffusée et aucun courriel ne vous sera envoyé.

Poster le commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Share This

Share This

Share this post with your friends!