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Johanne Harvey

Les attentes nous gardent figés dans la souffrance ou dans le passé au lieu de voir la danse joyeuse de la vie. Et si je voyais la relation avec  ma mère comme une danse? Sans attentes, je me sens libre et joyeuse.

Qui suis-je?

Difficile pour moi de me présenter sans avoir le sentiment de réduire ma vie à ses grands titres. Hier j’ai lu une phrase qui m’a parlé et me semble expliquer le fondement de mes actions. On y parlait de la complexité du lien mère-fille, cette tension fondatrice et ravageuse entre la nécessité de s’affranchir et l’impossibilité de s’en détacher. Depuis toute petite, j’ai eu ce profond désir d’autonomie et de liberté, une grande curiosité qui m’attirait vers l’autre et l’ailleurs. C’est ainsi que j’ai quitté le Lac Saint-Jean pour Québec, puis Paris, puis Montréal et, depuis 25 ans, la petite ville de Rolle en Suisse.

Je suis une femme de 55 ans et je sors d’une année de grands travaux médicaux qui ont chamboulé ma vie… Une année à me battre contre le cancer et à affronter de nombreuses opérations. La dernière a eu lieu il y a trois semaines et sur le plan médical, je vais bien. Je me retrouve à reprendre ma vie d’avant et c’est insupportable. J’ai le projet de quitter la Suisse et de retourner au Québec. Mais à l’intérieur de moi, c’est la confusion… un mélange de fatigue, de déprime, d’impatience et de peur. Il y a quelques années, j’ai fait une dépression ou un burn out (dépendamment je change de terme), depuis ma vie est plus compliquée, limitée par des peurs et des angoisses. Etrangement, à l’annonce du diagnostic en mars dernier, tout en étant terrifiée par ce qui m’arrivait, je me suis sentie libérée de ce frein intérieur. Qu’est-ce que ca m’a fait du bien!

Pendant plusieurs mois, j’ai dû affronter radio, chimio, opérations et multiples complications. Aller jusqu’à ma dernière opération, j’ai pu mettre de côté cette partie de moi persécutrice, comme si la cible était extérieure…mais la voici de retour, maintenant que le combat contre elle n’a plus lieu d’être, je me retombe dessus à bras raccourcis, me fixant sans arrêt des objectifs, non, plutôt des exigences draconiennes. Ma poche d’iléostomie me manque…pourtant cela m’a pris du temps à m’y habituer. C’était comme avoir un gros thermomètre extérieur qui me ramenait à l’ordre, dès que je n’étais plus posée, centrée et à l’écoute. Je savais que je devais en prendre soin et que c’était très fragile, je ne pouvais plus mettre de côté ou ne pas tenir compte de mes besoins. En étant bienveillante et aux petits soins avec moi-même, j’ai vécu ces derniers mois une des périodes les plus joyeuses de ma vie…

Il y a ce désir  profond de retourner vivre au Québec et la difficulté de cette période de transition. La bataille entre : je veux tout tout de suite et être dans une nouvelle vie plus authentique et joyeuse. Ce besoin de changement est là, fort et en même temps s’y mêle un atroce sentiment de perte et de peur de quitter un pays où j’ai vécu 25 ans, où j’ai eu mes deux magnifiques filles et les ai élevées… Lorsque j’ai quitté le Québec, j’ai foncé tête baissée, sans respecter mes craintes et mes besoins profonds. J’étais amoureuse, je voulais me marier et avoir des enfants. Pour supporter la dureté de la séparation, le sentiment de perte et d’arrachement, je me suis mise en mode action, afin d’éviter de sentir… sans m’arrêter. Le temps du corps… l’esprit peut être d’une rapidité fulgurante, mais sans le corps et sans le cœur, le système finit par s’écrouler. Une question d’équilibre. C’est ce qui m’est arrivé avec ce burn out, un épuisement de mon mode de fonctionnement, un système de décision basé sur les il faut, les j’ai pas le choix…, je l’ai payé cher…

Je suis travailleuse sociale et les 16 dernières années, j’ai travaillé au SPJ (Service de protection de la jeunesse, équivalent suisse de la DPJ) ; expérience formatrice et extrêmement riche. J’ai été passionnée par ce travail mais, c’est terminé pour moi. Je suis reconnaissante de tout ce que j’y ai acquis, des gens que j`ai eu la chance de rencontrer. Je veux autre chose, travailler dans un milieu moins conflictuel et plus en harmonie avec mes valeurs. C’est là que retourner au Québec me semble vital.

A suivre…

© Toute reproduction sans la permission de l’auteure est interdite.

6 Commentaires

  1. France

    Bravo ma soeur ! Ta contribution à ce blog me touche personnellement. Je te suivrai et te lirai avec plaisir. Il y a des chemins difficiles mais, je crois avoir appris que l’aboutissement d’un chemin emprunté est proportionnellement gratifiant, nourissant quant à sa grandeur, la tenacité et l’énergie qu’il a nécessité. Cette énergie doit être réfléchie et surtout informée et outillée avant d’être investie dans une action. Ce n’est pas une énergie qui se perd c’en est une qui nourrie. Une de mes grandes difficultés fut et est encore de mettre ces efforts pour moi. Si je racontais mon histoire, c’est là où je suis rendue. Être stratégique. C’est le mot qui résume cette pratique. J’ai pris connaissance de ce mot en jouant des jeux de stratégie de tous niveaux. Mais, ça c’est une autre histoire.

    Bonne suite !

    Réponse
    • Lucie Villeneuve

      Tu seras toujours la bienvenue au Québec et à Québec! 😘

      Réponse
  2. Marie France

    Merci… Ça donne envie de danser la vie plutôt que de se battre avec elle 🙂
    en relation avec des merveilleuses personnes qui osent être vrais et se dévoiler.
    Encore merci!

    Réponse
    • Catherine Briand

      Je me permet Marie-France de te dire Merci pour ces bons mots (même si non adressés à moi)… Je vais me répéter cette phrase: Danser la vie plutôt que de se battre avec elle. Tellement inspirant!

      Réponse
  3. Catherine Briand

    Merci Johanne d’avoir osé te joindre à nous et de nous partager tes forces, constats, fragilités. Tellement heureuse de t’avoir dans ma vie. Bisous cousine xx

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  4. Marie Gagné

    Merci Johanne de t’être livrée à nous avec tant d’humilité. Ton histoire me touche et me rappelle de continuer à me relevé pour embrasser la vie malgré les périodes de grande souffrance et d’incertitude.

    Réponse

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