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Marie Gagné

Qui suis-je

Interprétation de l’œuvre

Il était une fois, dans l’univers de la psyché, un enfant rempli de désespoir par l’abandon soudain d’une mère inexpérimentée. Cette dernière, le cœur couvert de honte, détourne son regard de son enfant et, tête baissée, marche vers la terre des solitudes pour y vivre une errance prolongée essayant d’oublier l’existence de son propre chérubin.

Soutenu dans les bras d’un être compatissant, l’enfant s’abandonne dans sa détresse du moment n’ayant plus la force de se battre devant l’adversité de la vie. La communauté tout entière regarde ce qui se passe, à l’exception de quelques-uns, et devient le témoin silencieux de cette souffrance emmurée dans les recoins de la psyché de la femme oubliée.

 

 

Histoire de vie

L’enfance, ce temps si précieux de la vie qui devrait être un passage de découverte, de tendresse et de sécurité. Pour l’enfant de la guerre, ce réel se transpose dans l’imaginaire des rêves enfouis, lieu perpétuel où blottir tendrement ses peurs du noir et se cacher des rôdeurs du dehors, qui tentent d’usurper ce que tu as de plus précieux, ton innocence ! Cette innocence est la seule essence productive de vitalité qui permet de croître dans la splendeur de la lumière et des promesses du devenir. Rapidement, tu apprends que tu ne feras jamais partie de cette élite d’enfants dont la vie se déroule dans l’aube des plénitudes. L’ombre des nuits sans lune devient ton jardin d’enfance et de survivance.

C’est la découverte des silences, oui des silences! Des silences qui te figent dans la peur d’entendre le son de ta propre respiration. Les silences de l’expression de ta peur du géant qui t’accable jour après jour et de tous les autres qui ont eux aussi trouvé l’entrée de ton jardin secret pour le piller encore et encore, telle une intrusion sans fin. Les silences qui te retiennent dans la dureté déjà trop présente dans ta vie d’enfant perdu. Les silences de l’angoisse de laisser les sons sortir par crainte de leur répercussion sur ton devenir immédiat. Les silences de l’amour porté au bourreau de ta perte d’identité. Ressentir peu à peu ton corps physique grandir, ainsi que tes peurs et tes hontes camouflées dans tes propres silences.

Dans ce chemin de vie, se tracent pas à pas les sentiers de ta personnalité. Une personnalité qui, en grandissant, dérangera ceux qui t’entourent. Une personnalité aux facettes multiples. Une personnalité qui contient tous les secrets, les tiens et ceux de tes bourreaux qui cohabitent dans un même espace intemporel. Tes yeux regardent, tes oreilles entendent, tes silences perdurent… Il y a « Elle » et il y a « Toi ». « Toi » est polie, elle dit bonjour, elle se conforme au monde extérieur, elle fait ses devoirs. « Elle » surveille ton environnement, elle développe un flair du danger imminent, elle marche en toi et avec toi. « Elle » te protège à sa façon, avec ses armes qu’elle trouve ici et là dans son jardin des peurs. « Elle » souffle à tes oreilles des mots puissants qui te secouent du dedans. Le jour vient que les sons de révolte, de rage et de puissance te traversent pour pourfendre les silences de l’étouffement. « Elle » devient « Toi » et te cache en « Elle ». Tu es sous sa protection, elle va frapper pour te protéger, elle va recevoir les coups pour toi et elle te dira à l’oreille que plus personne ne pourra t’atteindre et qu’elle sera toujours là pour toi. Son surnom est « Ado » qui se renforce année après année.

Me rétablir…

Tout a commencé par une vision d’espoir d’une vie meilleure. J’avais déjà parcouru tellement de chemins entrecroisés depuis l’enfance, qu’il m’a fallu une bonne dose d’innocence et de courage pour affronter mes démons les plus enfouis dans mon inconscient. Bref, l’instinct de survie bien développé, j’ai erré dans les villes et villages tout en cherchant un semblant de bonheur ou, à tout le moins, quelque chose qui s’en rapproche le plus.

Me rétablir est devenu pour moi l’histoire de toute une vie. Mes pas avancent sur la route de l’éternel et m’invitent à tendre mes bras avec ouverture pour embrasser la vie, avec tout ce que cela implique. Je marche et je respire, comme l’arbre je creuse le sol de ma vie en y insérant mes racines, source de vitalité au cœur même de cet univers dans lequel j’évolue au gré des saisons et des intempéries. Parfois, le sol gèle et mes émotions se figent dans la glace de mes hivers, attendant avec espérance la venue de la fonte printanière et la montée de ma sève tonifiante. C’est le début du renouvellement de mes espoirs oubliés dans la noirceur de mes profondeurs. Dans ce dégel tant attendu, mes sens s’éveillent et me couvrent de chaleur. Le désir de me rapprocher de mes frères et sœurs en croissance m’interpelle. La danse du va-et-vient traverse les saisons de ma vie. Ces allers-retours me donnent parfois l’impression d’un déjà-vu. Quand j’y regarde de plus près, je constate que ce ne sont que de vieux écueils non déterrés, attendant patiemment leur propre dégel pour remonter à la surface du soleil levant, pour s’envoler vers l’usine des transformations de matériaux désuets et sans valeur monnayable. L’heure du renouvellement découle directement du résultat de cette période de transformation, donnant un sens nouveau à mon existence.

 

© Toute reproduction sans la permission de l’auteure est interdite.

 

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5 Commentaires

  1. Marie France

    Merci pour ton courage de donner des mots à la souffrance.
    Merci de nous aider à l’apprivoiser…
    Peut-être un jour l’aimer pour ce qu’elle a créé?

    Réponse
    • Marie Gagné

      Merci Marie France pour ton commentaire chaleureux.

      Réponse
  2. Diane Harvey

    Excellent texte Marie, comme d’habitude… de mon côté, je considère avoir eu la chance de connaître et apprécier Elle et Toi ainsi que la fusion de ces 2 aspects de toi qui fait de toi une femme particulière à qui je me suis attachée. Poursuis ton aventure vers les avancées souhaitées.

    Réponse
    • Marie Gagné

      Merci Diane, il est vrai que tu as côtoyé au quotidien les variations de ma personnalité. Tu fais partie de ces personnes qui ont marqué ma vie. Tu as cru en moi et en mes forces plus que je n’y croyais moi-même. De cela je te suis reconnaissante. Je peux te dire en toute sincérité que je t’apprécie beaucoup et j’aime relever avec toi les défis dans lesquels tu nous propulses quand on travaille ensemble.

      Réponse
  3. Mélanie Dubé

    Marie,

    J’aime tes mots qui se moulent si parfaitement à la détresse de l’enfance. Comment dis-tu? «Rapidement, tu apprends que tu ne feras jamais partie de cette élite d’enfants dont la vie se déroule dans l’aube des plénitudes.» Tu parles de survivance, tu parles des silences, d’intrusion, de peur et de honte. Jamais, avant de t’avoir lue, je ne me suis autant reconnue dans les mots de quelqu’un d’autre. Tes images sont si puissantes!

    Cette différenciation que tu fais entre «Elle» et «Toi» est si juste. L’éternelle Ado, guerrière et rebelle qui se dresse devant le bourreau, envers et contre tous. Je relis tes phrases et elles m’apaisent comme un baume qu’on aurait appliqué sur ma différence.

    Je te relis souvent. Je m’accroche à ton rétablissement éternel comme si c’était le mien. Il transpire un courage que je t’envie. Mon arbre à moi n’a pas de racines encore, pas tout à fait, mon pergélisol est encore trop dur. Mais tes mots si justes me permettent d’espérer. Merci.

    Réponse

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