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Solitude : avec ou sans toi

Par Rhina Maltez

Helios et Vesta, photo numérique, Rhina Maltez, 2017

« La solitude peut être à l’origine de la plus belle rencontre… celle avec Soi-même. »

– Auteur inconnu

D’une part…

L’être humain est un être social, dit-on. Ainsi, les relations interpersonnelles contribuent à son développement personnel. Vivre un abandon peut dès lors créer de grandes blessures, telle la souffrance liée à la solitude. D’un autre côté, on retrouve l’isolement, lequel peut être relié à une peine, à une perte, à toutes sortes de déchirements… Mais qu’en est-il de l’isolement, lorsqu’il est le résultat d’un choix? Et où se trouve cette solitude que l’on recherche, pour ne plus se sentir seul, pour enfin se sentir Soi?

À maintes fois je me suis isolée, pour faire le vide et entendre raison; et avec le temps j’ai ouvert la porte, à une solitude douce, aimante et pleine de compassion. Une solitude qui m’a permis de me pardonner, une solitude qui me permet de me ressourcer, une solitude qui m’aide à me retrouver.

« Sat Nam »

C’est mon mantra. Un « hymne sacré » si vous préférez, duquel je ne peux plus me passer. Il évoque en moi le point de départ de mon Être et de toute ma spiritualité : Sat Nam pour me rappeler qui je suis, pour me rappeler ma place dans ce monde et pour honorer ma raison de vie. Sat Nam danse ainsi autour de ma vérité, de ma réalité et de mon identité; mais pour ce faire, seule, j’apprends à simplement « être ». Mon départ dans toute chose est donc mon identité réelle, celle qui est pleine de sens, de pouvoir et de sagesse. Je lui suis fidèle et je lui donne mon cœur; elle n’est jamais seule, car je suis sa maîtresse. Je pars donc de ce qui est aujourd’hui ma vérité, une solitude qui m’accompagne dans ma recherche de liberté, pour vous faire vivre en quelques lignes cette autre solitude, qu’un jour fut tout aussi vrai :

C’est sombre, j’angoisse, j’ai peur. Je regarde partout et personne n’est là; pourtant ils le savent et je leur dis si souvent « Ne me laissez pas ». Mes larmes coulent sans cesse. Je suis désespérée et je ne sais plus à qui m’adresser. Je veux oublier ma douleur et ma désolation. Je ne veux pas être seule. « Pourquoi êtes-vous partis? Ne m’abandonnez pas, je vous en supplie… ». Mon cœur est serré, je m’engloutis. Je suis seule et immobile; on m’a jetée et c’est ce que j’ai mérité. Pourquoi je ne me sens pas aimée? Je suis triste, j’étouffe, je veux m’abandonner; alors je passe à l’acte pour déserter. « Solitude tu reviens t’installer; c’est encore plus sombre que jamais ».

Je me sentais seule dans un tourment sans fin et ma solitude ne me lâchait pas. Alors je m’accrochais, à qui voulait m’aimer, pour le temps que ça durerait. J’étais différente des autres et je ne le savais pas, j’étais différente des autres et je ne le voulais pas. Enfin, c’est ce que j’ai cru pendant longtemps. Cela me semble si lointain. En ce moment, je ne peux ressentir toute l’émotion de chacun de ces moments, mais je revois les images qui s’interchangent, qui se mélangent et qui se répètent; un besoin de compagnie si accablant. Images de douleur et de tristesse, résonnantes de solitude et de détresse; vous êtes là pour me rappeler à quel point tout peut chambouler, lorsqu’arrive le moment de faire face à soi-même, de se choisir et de s’aimer.

Le bruit des autres

Tant de bruits autour de moi : préjugés, critiques, amour propre; où est donc passé l’amour de soi? Égoïsme, haine, violence, où est passé l’amour dans tout ça? Je m’isole donc de tout ce brouhaha. Je me choisis, je me recueille et je fais ma mise au point, pour ainsi mieux voir la réalité que j’aimerais vivre et non pas celle du « chacun pour soi ». Parfois trop utopique, cette réalité n’existera peut-être jamais; j’en suis contrariée :

Je veux vivre dans l’harmonie, dans un monde de vie et non de mort. Que faire avec tant de souffrance, avec tant de peurs et de vies gaspillées. Que dois-je faire pour aider? Me taire ou crier? Laissez-moi partir pour aller me cacher, car je ne veux plus entendre, ni sottises, ni malaises, ni regrets. Soyez vrai, voyez grand, allez-y, cherchez; où se trouve la vérité de l’amour de l’humanité? Tous ces bruits me dérangent et j’aimerais tous les étouffer; je m’isole pour ne plus rien entendre, mais ils continuent à mon grand regret.

Je me sens donc seule parmi tous ces gens; je ne veux pas m’y associer, je ne veux plus m’y retrouver. Alors je me tiens à l’écart volontairement; une solitude passagère, puisqu’impossible d’éviter le va-et-vient. L’affrontement serait peut-être plus censé, mais l’évitement reconnaît mon besoin de distance, de retrait et parfois d’ignorance. Tantôt, j’évite pour empêcher un chagrin, de temps à autre, je contourne pour ne pas tomber et parfois, je fais fi de tout ce qu‘il se dit. Je n’ai d’autre choix que d’agir ainsi pour protéger ma sérénité. Alors, par moments, je n’ai que moi pour seule compagnie, choisissant de poursuivre « seule », une partie de mon chemin, un aspect de ma vie, une tranche de mon destin. Le silence de ma solitude devient alors mon allié, puisqu’il me donne accès à toutes mes possibilités. C’est mon espace privilégié où tout n’est, pour un instant, que légèreté.

Seule, mais accompagnée

Ma solitude, parfois je la fuis ou encore je l’appelle; je ne l’ai pas tout à fait apprivoisée. Désormais, je sais que « solitude » ne rime pas avec « rejet », ni avec « abandon », ni avec « exclusion ». Toutefois, c’est dans la solitude que j’apprends à être avec moi-même; c’est en étant seule que je reprends conscience de l’essentiel; et puis, seule, je réussis à prendre du recul pour ne pas abandonner, ni cette vie, ni qui je suis, ni qui je deviens.

C’est donc dans la solitude que je me ressource et que je me reconnecte avec mon Âme; une solitude où, seule, je ne suis pas, car je touche en moi ce qu’il y a de plus divin :

Par la méditation, je retrouve un état de conscience et une connexion inégalée avec l’univers, avec le divin, avec le sacré. Alors, seule je ne me sens pas, car je ressens cette union avec tout ce qui « Est » ainsi qu’avec l’éternité. Puis, cette connexion je la partage avec d’autres êtres, d’autres gens qui recherchent la liberté, la paix intérieure et l’amour en soi; celui que l’on donne et celui que l’on se doit.

Ainsi, j’apprends à voir la solitude avec moins d’appréhension et non comme un défi ou une punition. De ce fait, je suis capable d’être seule et de me détacher, du monde extérieur et de ses adversités. Alors, seule, je trouve du repos pour mon âme tourmentée : parfois elle rit, parfois elle pleure, mais tranquillement elle lâche prise et se remet à chanter. Du coup, j’ai envie de m’envoler; esprit, corps et âme retrouvant leur unité.

Toutefois, je ne choisis pas toujours la solitude comme porte de sortie, car il m’arrive parfois de me sentir seule et assombrie. Dans un tel cas, je prends la voie des compromis et je pars à la rencontre des bruits; mais cette fois, je les aurais choisis. Petit à petit, je vais donc vers une solitude où jamais seule je ne serai; je m’y retrouve avec tout mon Être dans une parfaite tranquillité, qui elle, me donne mes ailes de liberté.

 

« Le silence de la solitude révèle le moi dans sa nudité. »

– Khalil Gibran, Le Prophète, La parole, 1923

 

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