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Sparkles

Par Mélanie Dubé

Sparkles, https://pixabay.com/fr/paillettes-lueur-lumi%C3%A8re-noire-1989955/

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. »

Antoine Lavoisier

La création est un mouvement… de l’intérieur vers l’extérieur. Un échange, un partage, une vision du monde à un moment précis. Un jet de soi-même vers l’autre. Ce n’est pas le jet, ce n’est pas la flaque, c’est l’émergence de l’étincelle. Puis d’une autre, puis d’une autre, puis d’une autre jusqu’à un flot continu qui crée le mouvement.

L’immobilité, l’arrêt, tue la création.

C’est comme une discussion. Quand personne ne parle, la discussion meurt. Bah! L’analogie n’est pas parfaite! Il y a certains silences qui peuvent exprimer beaucoup! Dans le regard, dans le non verbal, dans le temps qui passe.

La création est partout dans ce qui est… dans la vie elle-même, dans l’existence de quoi que ce soit.

Depuis le tout début du blogue, j’avais hâte de parler de maternité. Un blogue de femmes! Je me disais qu’on allait bien passer par là tôt ou tard. Maintenant que je suis face à ma page et que j’aurais la liberté d’en parler, je sais pas, ça m’appelle moins.

Il faut dire que, cette fois-ci, il n’y a pas de texte initiateur (premier texte écrit sur un thème qui donne l’inspiration aux autres). Chaque blogueuse part directement d’elle-même. Étant ce que je suis, j’ai dix mille idées de sous-thèmes et mes idées partent dans tous les sens.

La création est donc partout, mais quand on énonce ce mot, ce qui m’apparaît à l’esprit est une production artistique quelconque : peindre une toile, écrire un texte, coudre un vêtement… vous voyez le genre.

Je disais donc que la création est un mouvement et que l’immobilité tue la création. J’avais justement cette réflexion ces derniers temps. Parce que je ne peins plus. Je me rends dans mon atelier et j’en ressors presque aussitôt. J’ai l’inspiration d’un citron déjà tordu. Pourtant, ma vie déborde d’événements que je pourrais figer dans une toile, mon coeur est tout plissé comme un accordéon tellement je vis des hauts et des bas, il y a bien de quoi peindre!… Mais non.

Dernièrement, je me suis acheté une maison. Le déménagement et mes nouvelles installations m’ont obligée à mettre mes projets d’art en veilleuse. J’ai cessé le mouvement. J’ai brisé l’élan et je ne suis plus capable de démarrer. Mes projets renaîtront sûrement, mais sous une nouvelle forme. Là, ils sont en gestation. Je m’imbibe tranquillement de ma nouvelle vie et tant que l’éponge ne sera pas pleine, inutile de la tordre. Un bon matin, je vais me lever, pleine à ras bord, pis va jaillir la première toile d’une nouvelle série.

En attendant, je fais de la peinture comme une enfant. Parce que l’odeur de l’acrylique, les pinceaux, la texture sur la toile me manquaient trop. J’imprime des mandalas que je trouve sur Internet et je les peins avec des pinceaux minuscules. Ça calme la faim.

❦❦❦

La création, à grande échelle, c’est le Big Bang. Un bouleversement de l’univers duquel jaillit la vie. À plus petite échelle, ce sont les rencontres. Il y a de ces gens qui nous bouleversent. Des gens qui pétillent d’énergie comme un halo de sparkles autour d’eux. Des gens bulles de champagne. Si généreux dans leurs yeux, si vrais, si gratuits. Ils ont de la paillette partout tellement leur bonté est grande. Je pense que ces gens-là jettent dans l’Univers un flot de création bienfaisante qui en déclenchent autant d’autres. La création à l’état pur : la création de liens, la création du bien, la compassion. Et si mes travers me donnent envie de répliquer qu’il y a la création du mal aussi, je m’auto-réfute aussitôt en criant que la création du mal n’existe pas. On ne peut pas créer le mal, parce que le mal en soi n’est pas création. Il est destruction.

Alors whoush! whoush! Le mal! Tu n’as pas ta place dans ce texte.

❦❦❦

Je suis née dans une famille catholique pratiquante. J’ai été baptisée catholique à deux mois de vie à peu près. Quand j’étais petite, je voulais devenir religieuse… le cloître m’appelait. Au primaire, j’ai lu, dans mes temps libres, le nouveau testament au complet. J’avais un chapelet et je connaissais mes prières par coeur. J’ai pleuré quand Jean-Paul II est venu à Montréal et que ma mère a refusé que j’y aille. Bref… vous voyez le genre.

Aujourd’hui, je suis quelque part entre l’agnostisme, l’athéisme et la non-croyance. Ah! Le pouvoir de l’éducation, de la réflexion et de l’ouverture sur le monde! Mais, il demeure que j’ai reçu une éducation judéo-chrétienne et que j’ai des réflexes bien ancrés. La création, c’est la création du monde en sept jours, là. Dans ma tête, c’est clair. Même si j’y crois pas une miette, c’est quand même ma première idée.

La création, c’est Adam et Ève, c’est le serpent, c’est la pomme, le péché originel, le poids du p’tit monde qui est né coupable de la gaffe d’une autre.

❦❦❦

Quatre fois, il y a un miracle qui s’est opéré en moi. La vie a grandi dans mon ventre. Mon corps a créé un être humain. Mettre au monde un enfant a quelque chose de romantique. Le fruit de l’amour. La relation symbiotique entre la mère et l’enfant. L’instinct animalier de protection du rejeton.

Mais, la maternité est pur égoïsme.

La procréation est la projection de soi à l’extérieur de soi. C’est une recherche de valorisation dans le prolongement de l’essence même de qui on est et de ce qu’on peut accomplir. C’est l’orgueil d’attribution des succès de son enfant vers soi-même. Je n’ai jamais cru à l’amour maternel inné dont parlent tous les bouquins ni au fait qu’une mère supplante tout et en tout par son sacrifice et son amour inconditionnel. Je dis pas que les mères aiment pas leurs enfants, là… je dis juste que c’est pas automatique. Si c’était le fonctionnement de la nature humaine, il n’y aurait aucune enfance maltraitée, l’adoption n’existerait pas parce que le simple fait d’abandonner son enfant serait impossible.

Ce que l’on donne est supposé être gratuit. Les choix que l’on fait ne devraient en rien emprisonner quiconque dans une vie de redevance. La réalité est que le choix de mettre au monde un enfant nous place dans un rôle de serviteur, où nous devons apprendre le détachement. Nous n’avons pas le droit de nous mettre au centre de la vie de notre enfant. De la même façon, nous n’avons pas le droit de nous attendre à quoi que ce soit de cet individu. On peut lui enseigner la gratitude, certes, mais on ne peut pas l’exiger. On peut apprendre à aimer la personne qu’il devient sans tenter de modeler qui il sera. Si nous faisons preuve d’amour, de respect et de compassion, si nous ne trahissons pas sa confiance en notre capacité de veiller sur sa vulnérabilité sans en abuser soi-même, il y a fort à parier qu’il nous aimera en retour.

Pour créer une réciprocité durable des liens entre la mère et son enfant, il faut l’aimer comme un individu à part entière complètement libre. Non pas l’aimer comme il est, mais bien l’aimer pour ce qu’il est. Il faut célébrer ses forces et accepter ses faiblesses. Après quoi, s’il le veut bien, on pourra avoir sur lui un pouvoir d’influence. Il ne faut pas se leurrer. Nous n’avons rien que le pouvoir qu’il veut bien qu’on ait.

Nos enfants ne nous appartiennent pas. Nous n’avons aucun pouvoir sur eux.

Le respect et la confiance se gagnent. Ils ne sont pas inscrits dans les gènes ni dans les liens du sang. Comme parent, nous avons un devoir d’éducation, de discipline. La discipline vient du mot «disciple». Par l’exemple, l’écoute, la compréhension, il faut amener nos enfants à vouloir nous suivre. S’ils nous admirent pour ce que nous sommes, ils voudront nous imiter. Si on brise leur confiance par un abus de pouvoir et une appropriation de ce qu’ils sont, ils voudront se détacher de ce lien avilissant et ils se mettront à faire tout le contraire de ce qu’on leur a enseigné.

❦❦❦

C’est le neuvième mois de grossesse du blogue, le dernier. La fin de ce qui a été le début de quelque chose de nouveau. J’ai envie de conclure. D’abord, merci d’avoir lu, merci d’avoir commenté, merci de nous suivre.

Le blogue fut un parcours qui m’a permis de mieux cerner qui je suis. C’était mon coming out de TPL. Vivre au grand jour et être en paix avec ce qui vient avec. Je me suis découvert de nouvelles forces et possibilités. Depuis, je tombe de moins en moins dans la fuite. Ces rencontres entre femmes ont été réconfortantes, un bain d’acceptation, de compréhension, de tolérance, toujours teinté d’un brin de folie. Quand mon destin a croisé celui d’autres survivantes qui aspirent, tout comme moi, à une existence empreinte de légèreté, ma vie a changé. Je me suis ouverte à ma propre beauté. Et j’ai osé la partager. La solitude fut du coup moins difficile à tolérer. Je me suis questionné sur mon essence et j’y touche de plus en plus. Ça me permet d’accueillir le moment présent avec beaucoup plus de sérénité. Ma participation à ce blogue aura été une de mes belles créations. Je l’ai fait par pur égoïsme. Je l’avoue. J’avais besoin de sortir de moi. Mais si, au passage, j’ai aidé une seule personne à se sentir mieux, ça cautionne mon narcissisme! Ça été un privilège d’être Entre Elles. Et j’espère, mesdames, que nous serons encore entre nous.

 

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