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Infos pour illustration : Une âme et sa quincaillerie, photo couverture livre, Alain Labonté,Éditions Del Busso, 2015

Une âme et sa quincaillerie

 

Dernièrement, j’ai été invité à la radio de Radio-Canada à Québec afin de présenter mon livreUne âme et sa quincaillerie; un ouvrage dans lequel j’aborde entre autres les problèmes de santé mentale de ma mère.

D’emblée, l’animatrice me demande : Cher Alain, j’ai lu votre livre et il m’a profondément touchée. J’en ai versé des larmes.

Avec la mère que vous avez eue, il ne doit pas avoir été évident de vivre une enfance comme la vôtre ?

Pendant quelques secondes, j’ai figé; étonné par le sens de la question.

Étant en direct, il me fallait alors réagir rapidement.

À brûle-pourpoint, j’ai répondu :Non.

 Vous savez ! Je trouve votre question très intéressante.

Présentement, un petit film joue dans ma tête.

C’est la fin de l’après-midi. J’entre de l’école en autobus.

L’autobus s’arrête en face de ma maison. Je descends de l’autobus et j’avance.

J’arrive en face de la porte de la maison.

La porte s’ouvre.

Et derrière cette porte, il y a deux bras qui s’ouvrent.

Et entre ces deux bras, il y a un cœur qui s’ouvre.

 

Vous savez. Aujourd’hui, les gens de ma génération sont pour la plupart monoparentaux.

Ils ont la garde de leurs enfants une semaine sur deux.

Et parfois, un soir, deux soirs, trois soirs par semaine, ils doivent faire appel à une nounou.

 

Si vous le voulez bien, tournons la question à l’envers.

Qui a eu la plus belle des enfances ?

Est-ce moi avec une mère diminuée qui me donnait tout l’amour qu’elle avait ou quelqu’un qui, aujourd’hui, a tout matériellement mais dans l’absence ? 

Et de plus, j’ajouterais une chose.

Quand la porte de la maison s’ouvrait et que, du coup, deux bras s’ouvraient et m’enlaçaient, ce moment était l’un des rares de ma vie qui m’emmenait à me sentir quelqu’un.

Et sans le savoir, ma mère me donnait la force de la porter. 

Au final, toute notre vie, ma mère et moi aurons été deux maillons nécessaires l’un à l’autre.

 

Chaque individu a quelque chose à nous offrir avec laquelle on en repart grandissant.

C’est à chacun de nous de s’ouvrir à l’autre et de l’accueillir, tel qu’il est.

Alain Labonté

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